posts de décembre 2008


Eugène Delacroix (1822-1863) : Journal

58240delacroixjournalmemorables.jpgLouroux, mardi 3 septembre 1822. – Je mets à exécution le projet formé tant de fois d’écrire ce journal. Ce que je désire le plus vivement, c’est de ne pas perdre de vue que je l’écris pour moi seul ; je serai don vrai, je l’espère ; j’en deviendrai meilleur. Ce papier me reprochera mes variations. Je le commence dans d’heureuses dispositions.

Je suis chez mon frère. Il est neuf ou dix heures du soir qui viennent de sonner à l’horloge du Louroux. Je me suis assis cinq minutes au clair de lune, sur le petit banc qui est devant ma porte, pour tâcher de me recueillir. Mais quoique je sois heureux aujourd’hui, je ne retrouve pas les sensations d’hier soir. C’était la pleine lune. Assis sur le banc qui est contre la maison de mon frère, j’ai goûté des heures délicieuses. Après avoir été reconduire des voisins qui avaient dîné et fait le tour de l’étang, nous rentrâmes. Il lisait les journaux, moi, je prenais quelques traits de Michel-Ange que j’ai apporté avec moi. La vue de ce grand dessin m’a profondément ému et m’a disposé à de favorables émotions. La lune s’étant levée toute grande et rouge dans un ciel pur, s’éleva peu à peu entre les arbres. Au milieu de ma rêverie et pendant que mon frère me parlais d’amour, j’entendis de loin la voix de Lisette. Elle a un son qui me fait palpiter le cœur ; Plon, page 17

Le Visiteur

    Lorsque l’envie m’est venu de vous raconter cette histoire plusieurs débuts se sont présentés à moi. Car, ce n’est qu’une fois que nous avons comprit ce qui se passait que certains petits événements précurseurs nous sont apparus comme étant en relation avec elle.
    Néanmoins j’ai choisis de commencer par ma chronologie personnelle. Je suis né dans un petit village du Jura (la montagne, non le département), Ahon. Comme il ne possédait aucune industrie j’ai dû à l’âge adulte, si on l’atteint un jour, trouver un travail dans une ville assez éloignée.
    Une fois mes parents disparus je n’avais plus de raison d’y revenir. Néanmoins, une dizaine d’années après mon départ, la liquidation de la maison familiale m’amena un matin d’août à faire le voyage. Je le fis par une belle journée ensoleillée et je savourais ces retrouvailles avec mon enfance.
    Arrivé sur la place du village ce fut la propreté des lieux qui me surprit immédiatement. Tout avait été remit à neuf. La chaussée, les trottoirs, les fontaines, les façades, les parterres de fleurs, les enseignes, les chemins, etc. Au cour de ma visite je découvrit que l’on avait comme passé un immense coup de torchon et de pinceau sur la totalité du village.
    Les arbres étaient taillés, les berges des deux rivières tondues, toutes les murettes remontées… les chemins entretenus autant que les rues et les ruelles… Pas un brin de rouille sur une barrière ni une pierre noircie par la pollution des voitures. Pas un coin de peinture écaillée sur un volet, pas une faute de goût… J’étais dans un village témoin !
    La maison familiale avait elle aussi reçu son ravalement. Ma sœur m’expliqua que la mairie en avait prit en charge la plus grosse partie et que la location avait payé le reste.
Elle ajouta : ” T’es allé voir la château ? “.

Je voudrais…

Je voudrais…

  • Que mon avenir et mon espoir soient dans ton regard !
  • Que ma vie ait la couleur de tes yeux : bleu !
  • Que mon horizon soit la ligne de ton profil !
  • Que l’émail de mon blason soit le blond de tes cheveux !
  • Que ma force soit dans tes mains !
  • Que ma chrysalide soit dans tes bras !
  • Que mon ivresse soit dans le velours de ta peau !
  • Qu’entre mes doigts ta chevelure soit un ruisseau !
  • Que le repos de ma tête soit dans la cambrure de tes reins !
  • Que mes pommes de la conaissance soient tes seins !
  • Que mon miel soit dans ta bouche !
  • Que ma joie soit dans ton sourire !
  • Que mon oasis soit dans ton sexe !
  • Que mon élixir soit ta rosée !
  • Que mes fers soient tes cuisses !
  • Que l’argile sous mes mains soit ton corps !
  • Que mon chant préféré soit ton rire !

Fleur : La Fête

II

Pour se garer, Jean alla jusqu’au petit parking. La route surplombait le parc où la fête avait lieu. Elle était organisée en son honneur, pour son retour. Il ferma sa voiture et revint sur ses pas. Mais au bout du chemin, il l’aperçut. Elle souriait. Qu’est-ce qu’elle faisait là ?

Il s’arrêta net. Comme elle lui ressemblait. Son envie de faire demi-tour, fut aussi forte que sa colère d’être venu. Non seulement il n’était pas guérit mais ce qu’il avait redouté le plus lui arrivait.

Elle vint à sa rencontre. Il ne pouvait plus partir.

- Je suis sa fille.

- J’ai vu

- Je lui ressemble tant que ça ?

Jean avait la gorge nouée et ne trouvait pas les mots. Elle avait dit cela en lui faisant la bise et en lui prenant le bras.

- Je guettais votre arrivée depuis le bas. Je savais que ça vous ferait quelque chose. Venez ! Tout le monde vous attend. Je ne voulais pas que vous me rencontriez devant les autres et qu’ils voient votre surprise.

- Merci !

- J’étais tellement impatiente de vous connaître.

- C’est gentil !

Elle vit que le regard de Jean était embué.

- Et votre prénom c’est…

- Claire, bien sur !

- Et oui ! Suis-je bête !

- C’est vous qui l’avez choisi sans la savoir.

Ils rejoignirent les autres invités. Marcher lui fit du bien. Mais son coeur battait la chamade. Lui qui s’était sentit si fort s’apercevait d’un coup qu’il avait décidé ce pèlerinage par faiblesse.

Des tables avaient été dressées sur la pelouse et garnies d’un buffet froid. Chacun se servait et par petits groupes on discutait. Les enfants circulaient au milieu de tout ça en traînant de ballons.

Ils étaient tous là. Un à un ils disaient bonjour. Elle restait à côté lui. Ils avaient changés : grossis, blanchis, maigris, grandis, mûris… Lui au contraire, à ce que tous lui dirent n’avait pas changé.

- Tu es le même. C’est incroyable. Comment tu fais ?

On lui présenta les nouveaux venus ; nouvelles branches ou nouveaux greffons.

- Claire pouvez-vous faire une photo ?

Elle partit et il la regarda s’éloigner avec regrets.

- Elle lui ressemble hein, dit Anne.

- Oui !

- Tu dois…

- Qui est le père ?

- Tu ne sais pas ? Elle est allée dans une banque de sperme.

- C’est toi qui l’a invité ?

- Non ! C’est maman. Elle lui avait fait savoir que le jour où tu viendrais elle aimerait te voir. Elle a tenu parole tu vois. Elle vient voir souvent maman.

Jean partit faire le tour du propriétaire. Tout était comme avant mais rien n’était plus pareil.

- Comme t’as grandit toi ! dit-il à un peuplier en tapant sur le tronc. – T’es beau.

- Déjà seul Jean ? Tu viens à peine d’arriver et tu t’esquive déjà !

- Non ! non !

- Si ! Si ! Je te connais ! Tu t’ennuies ! Tu as vu Claire ! C’est une fille bien tu sais. J’ai vu qu’elle était allée à ta rencontre. Elle a du coeur cette petite. C’est un être plein de tact

- Je suis tellement content de te revoir mamie. Il lui passa un bras autour des épaules.

- J’avais peur de partir sans t’avoir revu, tu sais. Jean la serra contre lui.

- Je ne t’aurais jamais fait ça, mamie !

Fleur : La Visite

070812regard.jpg

 

I

Jean n’entendait – mis à part les chants d’oiseaux dans le petit jour – que le crissement des graviers sous ses pas. Comme on le lui avait dit, elle était au bout de l’allée centrale.

Juste dans l’alignement du chemin, il voyait à l’horizon le ciel rougit par le lever du soleil. La dalle était comme toutes les autres : deux dates, son nom et son prénom. Sa douleur alors se raviva démesurément.

- Fleur ! dit-t-il doucement la voix enrouée.

Il avait choisi ce moment de la journée pour être sur de ne rencontrer personne. Il n’avait pas pris de fleurs. Il n’avait pas pu. Il aurait dû accepter qu’elle était maintenant, au même rang que les autres ici, c’est-à-dire hors de ce monde et ça il ne le pouvait pas.

 » Je n’ai pas pu  » lui dit-il. Il sortit le petit carnet qu’il avait toujours dans la poche arrière de son pantalon et écrivit : je t’aime encore. Il arracha la page et la posa sur la dalle avec un peu de gravier dessus pour que la brise ne l’emporte pas trop vite.

Il resta un long moment dans ses pensées, puis reprit l’allée. Le soleil était maintenant au-dessus de l’horizon. Elle restait derrière lui, mais il sentait son regard et il savait que sous la pierre reposait avec elle le meilleur de lui-même. Il eut un léger frisson.

Les Inséparables

Debout, sur la plage de l’avenir, il est un âge où l’on regarde les cadeaux que vous apporte la vie sans les reconnaître. Ce soir Co je me souviens :
- de ton parfum !
- de ton sourire !
- de nos promenades !
- de ton bras sous le mien !
- de Besançon !
- du belvédère !
- de ses couchers de soleil !
- de nos soirées chez toi !
- de tes confidences !
- du café du Théâtre !
- de ses cappuccino !
- de ta robe rouge !
- de l’orage !
- de nous deux sous un parapluie !
- de toutes ces journées jusqu’à minuit !
- de la curiosité des autres !
- de ce surnom !
- de ta jalousie !
- de notre nuit ! Co, je me souviens ! Même si chaque jour s’acharne à effacer ton souvenir !

Envie !

Elle traverse la place. Il tourne autour d’elle, joue avec ses cheveux blonds et défait sa coiffure. Il caresse ses joues et son cou, effleure ses lèvres et même ses yeux bleus. Il se serre contre elle et écarte ses habits qu’elle retient doucement. Il s’insinue sous ses bras et entre ses jambes. Il se remplit de son odeur et de son parfum.

Admiratif, je le regarde faire et l’envie. Je suis jaloux de lui, bien que j’aie toujours aimé le vent. (2006-12-09)

Le Sable !

Que sont devenus les jours d’été de mon enfance,
Lorsque, à la rivière nous descendions nous baigner ?
Sous le tilleul retentissaient les cris des filles éclaboussées !

Comme les feuilles d’automne, ils s’en sont allé, au fil de l’eau.
Ce soir d’octobre, sur la plage, les yeux fermés, je les ai retrouvé.
C’est moi, qui m’en était éloigné, au fil des années !

La Comté…

Je sais tes forêts de sapins et tes coins de muriers…
Je sais tes chemins creux et tes anciens vergers…
Je sais tes hivers rudes et tes automnes dorés…
Je sais tes neiges de printemps et tes orages d’été…
Je sais le tintement des clarines dans les près…
Je sais ta gentiane et tes vignes d’Arbois…
Je sais ton vin jaune et ton “Comtois rends-toi “…
Je sais le temps a passé, mais ne me rendrai pas !
Je sais me méfier du regard qui rend ivre…
Je sais pour l’avoir vu, où se cache ta Vouivre…
Je sais le soleil sur le Doubs et sa fille la Loue…
Je sais tes grottes et tes gouffres, tes combes et tes biefs…
Je sais tes ruisseaux clairs qui m’ont désaltérer…
Je sais tes aigles d’empire par le lion remplacés…
Je sais ta terre aux mains du Téméraire…
Et de tous les Habsbourg la mieux considérée…
Je sais tes clochers impériaux et l’Espagne tant aimée…
Je sais tes hommes élevés ou par le sort donné…
Charles, Louis, Gustave, Emile, René…
Je sais tous mes ancêtres de ta terre façonnés…
Et chacun de mes os de ta pierre constitués…
Je sais être ton fils ma Comté !

Pierre Colette : La Liseuse – 1997

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