La soirée
18 février, 2010 @ 5:00 Raconter...

A cette époque-là nous formions une équipe de collègues soudée et amicale. Nous organisions des sorties hors du travail et au moins une fois par mois nous nous retrouvions à  » L’Entresol ». C’était un restaurant, du centre ville, installé dans de vieilles caves voûtées. Son caractère intime et chaud nous plaisait beaucoup.

Ce soir-là, à notre arrivée en bas des escaliers de pierres, nous avons été accueillit, non par le chef de salle, mais par le patron en personne. « Ce soir,, nous filtrons les entrées. Votre table est prête bien sûr, mais nous avons comme cliente, Marie D… avec toute l’équipe de son nouveau film. Ils tournent dans le Haut-Doubs. Je vous serais reconnaissant de vous montrer discrets et de ne pas la déranger pour des autographes ou autre chose. Merci beaucoup et bonne soirée.  » Pour son établissement c’était une première, c’était le cas de le dire.

La nouvelle nous plu aussi beaucoup. Ce petit événement apportait un plus à notre soirée. Nous allions voir de près Marie. Certains d’entre nous savouraient déjà le plaisir qu’ils auraient demain à raconter cela autour d’eux.

Dès que nous fûmes installés, dans notre petit coin, la conversation roula sur elle. Tout y passa : son physique, ses films, ses chansons, ses hommes. Les femmes comme les hommes ne tarissaient pas d’éloges. Elle était jeune, belle, et célèbre. On l’enviait.

Sa troupe était autour de plusieurs tables dressées entre les piliers au milieu de la salle. On y discutait fort, on riait, on jouait de la guitare.
Déborah demanda à Jean :
- T’en pense quoi, toi, Jean, de Marie D.?
- Rien ! C’est une femme comme toutes les autres !
- Et bien moi, dit Paul, j’aimerais en avoir une comme ça de femme-comme-toutes-les-autres !
- Tu le penses vraiment ? «  reprit Déborah.
- Oui, bien sûr ! Peut-être un peu plus égocentrique et narcissique, mais c’est tout !
Jean était de dos à la salle. A aucun moment il ne se retourna. Il semblait plus intéressé par Déborah.
Nous finîmes néanmoins par oublier leurs présences et par discuter d’autre chose : le travail bien sûr, les vacances forcément, nos prochaines sorties, les soucis familiaux de certains et du cadeau que nous voulions faire à une future mariée dans la maison.
La soirée était bien avancée quand nous décidâmes de partir. Certains n’en avaient pas envie.  » C’est bien ce soir ici !  » disait, Jocelyn.
Pour regagner la sortie nous avons dû retraverser la salle et longer la table des V.I.P. A notre passage, Marie D… dit assez fort :
- Jean !
Il s’arrêta, la regarda. La tablée s’était tue. Jean fit les quelques pas qui le séparaient de sa chaise. Elle se leva. Ils se firent la bise.
- Tu ne m’aurais rien dit !
- Non !
- Tu n’as pas changé. Tu viens toujours ici !
- Eh, oui !
- Toujours avec une jolie fille, dit-elle en regardant Déborah.
- Ne dit pas ça !
- Tiens !
Elle lui tendit un papier qu’il fourra dans une poche rapidement, puis il lui fit la bise et nous rejoignit.
Elle se rassit sans le quitter des yeux. Lui en arrivant vers nous qui l’attendions à la porte nous demanda :
- S’il vous plaît ne dites rien.
Nous partîmes suivit par les regards interloqués du patron et du barman.
Dans les escaliers et puis dans la rue, nous ne nous sommes pas retenu de l’abreuver de questions : mais d’où tu la connais ? Pourquoi tu n’as rien dit ? Tu lui aurais pas parlé ? C’est quoi ce papier ? Jean était sombre et silencieux.
- Vous m’auriez cru de toute façon ?
- ça t’as raison, acquiesça Paul.
- Elle m’a gâché la soirée !, dit-il en regardant Déborah.
- Non, moi j’ai bien aimé la voir. Tu me ramènes ?, dit celle-ci.
Oui !
A ce moment-là, Jean retrouva le sourire et même sa bonne humeur.
- Avant on pourrait aller boire un verre, ailleurs, pour oublier tout ça.
– Si tu nous parles un peu d’elle.
Mais il éluda toutes nos questions en répondant à côté de la plaque et en faisant de l’humour. Finalement nous avons eu pour toute explication, cette phrase laconique :  » Elle a eu une vie avant d’être célèbre ! « . Il n’est jamais revenu sur le sujet.

-Jean
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