posts du 16 mai, 2010


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C’est ce que j’aime dans la lecture.
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Annie Barrows – coauteur : Mary Ann Shaffer,

Le Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates - 7238

Tell Zeïden

Dans le nord de la Syrie, une équipe d’archéologues a entrepris des fouilles qui devraient améliorer notre compréhension de l’une des cultures préhistoriques de Mésopotamie tenue pour l’origine des premières cités et Etats du monde, mais aussi de ­l’invention de l’écriture. Après deux années d’études et d’excavations préliminaires sur le site de Tell Zeidan, les chercheurs syriens et américains ont déjà découvert un éventail fascinant d’artefacts issus de ce qui fut un site préurbain florissant en amont de l’Euphrate. Le village a été occupé pendant deux millénaires, jusqu’en 4000 avant notre ère, période mal connue mais qu’on suppose cruciale dans l’évolution culturelle de l’humanité.

D’après les spécialistes de l’Antiquité, Tell Zeidan devrait nous permettre de mieux saisir la vie à la période dite d’Obeïd, entre 5 500 et 4 000 avant notre ère. Durant celle-ci, le recours à l’irrigation s’est généralisé, les échanges commerciaux à longue distance ont eu un impact social et économique, de puissants chefs politiques ont pris le pouvoir et les communautés se sont peu à peu subdivisées en classes sociales, riches élites d’un côté et roturiers de l’autre.

Selon Gil Stein, directeur de l’Institut oriental de l’université de Chicago, qui dirige les fouilles à Tell ­Zeidan, ces dernières pourraient fournir des résultats marquants au cours des prochaines décennies. Guillermo Algaze, anthropologue à l’université de Californie à San Diego, qui fait autorité dans le domaine de l’urbanisme primitif au Moyen-Orient, estime que Zeidan “pourrait bien révolutionner les interprétations actuelles sur l’avènement de la civilisation au Proche-Orient”. Le site se trouve à deux heures de route au sud-est d’Alep et à environ 5 kilomètres de la ville moderne de Raqqa. Il se compose de trois grands tumulus sur la rive orientale du Balikh, au nord de son confluent avec l’Euphrate. Les monticules, dont le plus haut dépasse 15 mètres, encadrent les ruines d’une ville. Des vestiges enfouis et des tessons de céramique sont éparpillés sur une surface d’une quinzaine d’hectares, ce qui fait sans doute de Tell Zeidan le plus grand site connu de la période d’Obeïd.

Tell Zeidan a été identifié en 1926 par l’archéologue américain William F. Albright. Il a intrigué l’archéologue britannique sir Max Mallowan, époux d’Agatha Christie, qui l’a rapidement étudié dans les années 1930. Une équipe néerlandaise dirigée par ­Maurits van Loon s’y est intéressée en 1983. C’est elle qui a établi que le site remontait apparemment à la période d’Obeïd. Durant les étés 2008 et 2009, Stein et son équipe ont procédé à la cartographie du site et ont creusé des tranchées d’exploration. Leurs premières découvertes leur ont confirmé qu’il s’agissait bien d’une “communauté proto-urbaine” de la période d’Obeïd, probablement le site d’un grand temple. On a identifié quatre phases d’occupation distinctes à Tell Zeidan : les sédiments les plus anciens recèlent des traces d’une culture primitive, dite de Halaf (période antérieure à celle d’Obeïd), une couche médiane contenant du mobilier bien conservé de l’époque d’Obeïd et deux couches supérieures datées de la fin de l’âge du cuivre. Pour l’heure, tout semble montrer que ces transitions d’une époque à l’autre se sont déroulées sans heurts.

Les archéologues ont dégagé des restes de planchers, de foyers, de murs en briques de terre crue, de la poterie peinte d’Obeïd et des portions de murs, peut-être des fortifications ou un édifice public monumental. Les styles céramiques et les tests au carbone 14 [technique de datation de la matière organique] permettent de dater ces murs d’environ ­5000 av. J.-C. L’une des découvertes les plus marquantes a été celle d’un sceau en pierre représentant un cervidé, sans doute utilisé pour marquer les marchandises afin d’en indiquer le propriétaire avant l’invention de l’écriture. De près de 5 cm sur 6 cm, ce sceau est d’une taille inhabituelle et gravé dans une pierre rouge qui n’est pas originaire de la région. En fait, estiment les archéologues, il ressemble à un autre sceau retrouvé à quelque 300 kilomètres plus à l’est, à Tepe Gawra, près de Mossoul.

Pour les spécialistes, un sceau est un artefact riche en information. Il signifie, précise Richard L. Zettler, archéologue de l’université de Pennsylvanie, que “quelqu’un a l’autorité pour contrôler l’accès aux choses – pour fermer et sceller les jarres, les sacs, les portes – et, par conséquent, l’existence de tels sceaux révèle qu’il y avait une stratification sociale”. L’existence de sceaux élaborés présentant des motifs presque identiques sur des sites aussi éloignés laisse penser, ajoute Stein, que, “à cette époque, des élites commençaient à occuper des positions de pouvoir dans une région très étendue et [que] ces élites dispersées partageaient les mêmes symboles, peut-être même une idéologie commune concernant la supériorité de leur statut social”.

D’autres artefacts confirment l’évolution de villages de la culture d’Obeïd, passant de l’autosuffisance à une production artisanale spécialisée qui dépendait du commerce et était capable de procurer des biens de luxe. Une transition de cet ordre n’a pu s’opérer qu’avec une certaine structure administrative et a dû donner naissance à une classe aisée. La campagne de fouilles recherche des restes de temples et de grands édifices publics susceptibles d’étayer l’hypothèse de ces bouleversements sociopolitiques.

Dans ce qui était apparemment la zone industrielle du site, les archéologues ont mis au jour huit grands fours à poterie, une marchandise produite par la culture d’Obeïd que l’on retrouve même dans des régions éloignées. Ils ont également trouvé des lames d’obsidienne de grande qualité. L’abondance d’éclats d’obsidienne montre que ces lames étaient produites sur place. Leur couleur et leur composition chimique indiquent que la pierre provenait de mines qui se situent aujourd’hui en Turquie. Tell Zeidan abritait aussi une fonderie pour la fabrication d’outils en cuivre, la technologie la plus avancée du Ve millénaire avant. notre ère. Il est probable que les gens parcouraient jusqu’à 400 kilomètres pour se procurer du minerai de cuivre, sur des sites près de Diyarbakir, en Turquie. Il ne devait pas être facile de rapporter le minerai à Tell Zeidan. A une époque où l’on ne connaissait ni la roue ni les ânes domestiques, le minerai devait être transporté à dos d’homme. Récemment encore, explique Algaze, les universitaires considéraient que l’apparition des villes et des Etats en Mésopotamie avait été “un événement relativement soudain ayant eu lieu au IVe millénaire avant notre ère. dans un espace confiné au sud de ce qui est aujourd’hui l’Irak”. Mais, conclut le chercheur, le développement des échanges et de la technologie les cultures interconnectées de la période d’Obeïd que l’on observe à Tell Zeidan permet d’envisager que le “ferment de la civilisation urbaine” remonte à bien avant 4 000 avant notre ère.

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Marc Champel |
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