posts de juillet 2010


Léon Nikolaïevitch Tolstoï (1828-1910) : Anna Karénine – 1873-1877

58318karenine1.jpgLa conversation sur le communisme, qu’il avait si légèrement traité, parlant à son frère, le faisait aussi réfléchir. Il ne croyait point à la transformation des conditions économiques, mais il avait toujours senti ce qu’il y avait d’injuste dans l’abondance dont il jouissait, en comparaison de la pauvreté du peuple. Il se promettait, pour agir selon sa conscience, – bien qu’il eût toujours beaucoup travaillé et vécu sans luxe, – de travailler davantage à l’avenir et de vivre encore plus simplement. Et tout cela lui semblait si facile à réaliser que, tout le long de la route, il s’abandonna aux rêves les plus agréables. Et c’est le cœur plein d’espoir d’une vie nouvelle et meilleur en qu’il arriva chez lui à huit heures du soir. Le Livre de Poche n° 636, p. 119

Kristen Bell

Kristen Bell dans Femme : Portrait

57-268 : rue de la Rasse

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Jules Renard (1864-1910) : Journal – 13-09-1887

57228renard.jpgLe plus artiste ne sera pas de s’atteler à quelque gros œuvre, comme la fabrication d’un roman, par exemple où l’esprit tout entier devra se plier aux exigences d’un sujet absorbant qu’il s’est imposé ; mais le plus artiste sera d’écrire, par petits bonds, sur cent sujets qui surgiront à l’improviste, d’émietter pour ainsi dire sa pensée. De la sorte, rien n’est forcé. Tout a le charme du non voulu, du naturel. On ne provoque pas : on attend.

Vahiné

Vahiné dans Femme : Portrait 57-114-vahine-monoi-cheveu.1189791774-

Julio Cortazar : Ta peau sous la lune – 1980

Nue elle s’est donnée
lorsque ma voix
a cherché sa peau
sous la lune

Doux abandon, enfin -
donnant
riant
aimant
se donnant à la rencontre de la lumière.

Rythme délirant
obscurité
les corps cherchent
leur au-delà

Sombre conjonction de soif et de solitude
bouches qui boivent une eau de paix.
Mais l’amour est un combat sans merci,
une lutte de fièvre, de feu et de fiel.

Tes lèvres
Me cherchent, me brûlent.
Nue je t’ai prise
sous cette lune
qui nous a donné son miel -

Nous embrassant, délirante rencontre.
Le feu d’un souffle
nous a brûlés,
combat de fleurs,
jeu de l’amour.

Jamais ne s’éteind le plaisir
de perdre ce qu’on trouve

Peau de femme, cri bleu
quand un baiser lui donne vie.

Et dans ma poitrine, la floraison
d’un rosier pour ton jardin -
Nu elle s’est donnée
lorsque ma voix
a cherché sa peau
sous la lune.

Laureano Barrau Buñol (1864-1950) : Après le bain

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D…

Tu sais, le temps passe ! Je vois d’autres visages, d’autres paysages, d’autres femmes, d’autres charmes ! Je fais de nouvelles connaissances ! De nouvelles expériences ! J’apprends ! Je me blesse ! Je regrette ! Je lis ! Je rêve ! Je ris ! Je parle ! Je chante ! J’écris ! J’écoute ! J’apprends !

Mais… je ne t’oublie pas, tu sais !

Nmachi

58115nmachi.jpgNmachi (beauté de dieu) est venue au monde, à Londres, avec la peau blanche, les yeux bleus et les cheveux blonds.

Ses parents, Angela et Ben Ihegboro, originaires du Nigéria, sont noirs, tout comme leurs deux premiers enfants. Ils sont certains de n’avoir aucun ancêtre blanc.

Après vérification, il s’avère que Ben est bien son père et que Nmachi n’est pas albinos.

Un pied de nez de la nature aux racistes de tout poil.

Keith Banham – 2006

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Jules Renard (1864-1910) : Journal – 1887

57228renard.jpgLe talent est une question de quantité. Le talent, ce n’est pas d’écrire une page : c’est d’en écrire 300. Il n’est pas de roman qu’une intelligence ordinaire ne puisse concevoir, pas de phrase si belle qu’elle soit qu’un débutant ne puisse construire. Reste la plume à soulever, l’action de régler son papier, de patiemment l’emplir. Les forts n’hésitent pas. Ils s’attablent, ils sueront. Ils iront au bout. Ils épuiseront l’encre, ils useront le papier. Cela seul les différencie, les hommes de talent, des lâches qui ne commenceront jamais. En littérature, il n’y a que des bœufs. Les génies sont les plus gros, ceux qui peinent dix-huit heures par jour d’une manière infatigable. La gloire est un effort constant.

Pablo Neruda (1904-1973)

De tes hanches à tes pieds
je veux faire un long voyage
Moi, plus petit qu’un insecte

Je vais parmi ces collines,
elles sont couleur d’avoine
avec des traces légères
que je suis seul à connaître,
des centimètres roussis,
de blafardes perspectives.

Là se dresse une montagne.
Jamais je n’en sortirai.
Ô quelle mousse géante!
Et un cratère, une rose
de feu mouillé de rosée!

Pablo Picasso (1881-1973) : La Sieste

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1919

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1932

Victor Hugo (1802-1885) : Jour de fête

Aux environs de Paris

Midi chauffe et sèche la mousse ;
Les champs sont pleins de tambourins ;
On voit dans une lueur douce
Des groupes vagues et sereins.

Là-bas, à l’horizon, poudroie
Le vieux donjon de saint Louis ;
Le soleil dans toute sa joie
Accable les champs éblouis.

L’air brûlant fait, sous ses haleines
Sans murmures et sans échos,
Luire en la fournaise des plaines
La braise des coquelicots.

Les brebis paissent inégales ;
Le jour est splendide et dormant ;
Presque pas d’ombre ; les cigales
Chantent sous le bleu flamboiement.

Voilà les avoines rentrées.
Trêve au travail. Amis, du vin !
Des larges tonnes éventrées
Sort l’éclat de rire divin.

Le buveur chancelle à la table
Qui boite fraternellement.
L’ivrogne se sent véritable ;
Il oublie, ô clair firmament,

Tout, la ligne droite, la gêne,
La loi, le gendarme, l’effroi,
L’ordre ; et l’échalas de Surène
Raille le poteau de l’octroi.

L’âne broute, vieux philosophe ;
L’oreille est longue ; l’âne en rit,
Peu troublé d’un excès d’étoffe,
Et content si le pré fleurit.

Les enfants courent par volée.
Clichy montre, honneur aux anciens !
Sa grande muraille étoilée
Par la mitraille des Prussiens.

La charrette roule et cahote ;
Paris élève au loin sa voix,
Noir chiffonnier qui dans sa hotte
Porte le sombre tas des rois.

On voit au loin les cheminées
Et les dômes d’azur voilés ;
Des filles passent, couronnées
De joie et de fleurs, dans les blés.

Rudyard Kipling (1865-1936)

Rire, c’est risquer de paraître fou…
Pleurer, c’est risquer de paraître sentimental…
Tendre la main, c’est risquer de s’engager…
Montrer ses sentiments, c’est risquer de s’exposer…
Faire connaître ses idées, ses rêves, c’est risquer d’être rejeté…
Aimer, c’est risquer de ne pas être aimé en retour…
Vivre, c’est risquer de mourir…
Espérer, c’est risquer de désespérer…
Essayer, c’est risquer de défaillir…
Mais nous devons prendre le risque,
Le plus grand danger de la vie est de ne pas risquer.
Celui qui ne risque rien… ne fait rien… n’a rien… n’est rien !
Plus

William Bouguereau (1825-1905) : La Leçon difficile

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Walt Whitman (1819-1889) : Une femme m’attend

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Une femme m’attend
Une femme m’attend, elle contient tout, rien n’y manque;
Mais tout manquerait, si le sexe n’y était pas, et si pas la sève de l’homme qu’il faut.
Le sexe contient tout, corps, âmes,
Idées, preuves, puretés, délicatesses, fins, diffusions,
Chants, commandements, santé, orgueil, le mystère de la maternité, le lait séminal,
Tous espoirs, bienfaisances, dispensations, toutes passions, amours, beautés, délices de la terre,
Tous gouvernements, juges, dieux, conducteurs de la terre,
C’est dans le sexe, comme autant de facultés du sexe, et toutesses raisons d’être.
Sans douté, l’homme, tel que je l’aime, sait et avoue les délices de son sexe,
Sans doute, la femme, telle que je l’aime, sait et avoue les délices du sien.
Ainsi, je n’ai que faire des femmes insensibles,
Je veux aller avec celle qui m’attend, avec ces femmes qui ont le sang chaud et peuvent me faire face,
Je vois qu’elles me comprennent et ne se détournent pas.
Je vois qu’elles sont dignes de moi.
C’est de ces femmes que je veux être le solide époux.
Elles ne sont pas moins que moi, en rien ;
Elles ont la face tannée par les soleils radieux et les vents qui passent,
Leur chair a la vieille souplesse divine, le bon vieux ressort divin;
Elles savent nager, ramer, monter à cheval, lutter, chasser, courir, frapper, fuir et attaquer, résister, se défendre.

Elles sont extrêmes dans leur légitimité, – elles sont calmes, limpides, en parfaite possession d’elles-mêmes.
Je t’attire à moi, femme.
Je ne puis te laisser passer, je voudrais te faire un bien;
Je suis pour toi et tu es pour moi, non seulement pour l’amour de nous, mais pour l’amour d’autres encore,

En toi dorment de plus grands héros, de plus grands bardes.
Et ils refusent d’être éveillés par un autre homme que moi.
C’est moi, femme, je vois mon chemin ;
Je suis austère, âpre, immense, inébranlable, mais je t’aime;
Allons, je ne te blesse pas plus qu’il ne te faut,
Je verse l’essence qui engendrera des garçons et des filles dignes de ces Etats-Unis; j’y vais d’un muscle rude et attentionné,
Et je m’enlace bien efficacement, et je n’écoute nulles supplications,
Et je ne puis me retirer avant d’avoir déposé ce qui s’est accumulé si longuement en moi,

A travers toi je lâche les fleuves endigués de mon être,
En toi je dépose un millier d’ans en avant,
Sur toi je greffe le plus cher de moi et de l’Amérique,
Les gouttes que je distille en toi grandiront en chaudes et puissantes filles, en artistes de demain, musiciens, bardes ;

Les enfants que j’engendre en toi engendreront à leur tour,
Je demande que des hommes parfaits, des femmes parfaites sortent de mes frais amoureux ;
Je les attends, qu’ils s’accouplent un jour avec d’autres, comme nous accouplons à cette heure,

Je compte sur les fruits de leurs arrosements jaillissants, comme je compte sur les fruits des arrosements jaillissants que je donne en cette heure.
Et je surveillerai les moissons d’amour, naissance, vie, mort, immortalité, que je sème en cette heure, si amoureusement.

Feuilles d’herbes, traduction de Jules Laforgue

L’Entremetteuse

Sa table était tout au fond dans un coin de la longue salle d’étude près d’une fenêtre. Le dos appuyé au mur et les jambes allongées sur la chaise voisine, il lisait. Claire arriva et lui demanda:
- La place est libre ?
- Oui !
Il retira ses jambes, posa son livre et ses coudes sur la table. Elle s’assit.
- Qu’est-ce que tu veux ? «  demanda-t-il.
- Rien ! Ou plutôt si ! Mais parle doucement.
- Ah, je vois !
Il approcha son visage très près du sien. Son regard buvait les traits de Claire.
- Laisse-moi deviner ! Tu as une copine qui…
- Oui ! a flashé sur toi !
Elle était surprise de son intuition.
- Et c’est toi qu’elle a envoyé faire la commission. Bonne idée je l’en remercie. Mais c’est non !
- Tu as quelqu’un ?
- Non ! Tu le saurais d’ailleurs.
- Pourquoi ?
- Je me comprends.
- Tu veux pas savoir qui c’est ?
- Non !
- C’est Eugènie !
- C’est pas mon genre.
- Tu as un genre toi ?
- Oui ! Très précis.
Il ne la quittait pas des yeux.
- Eugènie c’est une fille bien. Elle a refusé beaucoup de garçons.
- Je n’en doute pas mais elle a tort.
Son regard était doux. Il semblait caresser son visage. Il remit même une de ses mèches en place.
- C’est quoi ton genre.
Elle avait tourné la tête et regardait la salle devant elle.
- Moi je sais le tien ! C’est le l’Bob !
Elle ne répondit pas. Elle jouait avec une des ses bagues. Il reprit.
- Tu vas être gêné si je te le dis. C’est toi !
Elle le regarda.
- Eh oui ! Toi ! Pas une autre ! Aucune autre !
Il semblait jubiler de sa surprise.
- Elle me ressemble Eugènie !
Il rit si fort que des têtes se retournèrent.
- Puis quoi encore. Tu me l’as propose maintenant en lot de consolation ? Mais moi je veux l’originale et pas une copie pleine de défauts.
Elle ne disait plus rien et n’osait plus le regarder.
- Personne ne te ressemble et surtout pas elle, il te l’a pas dit Bob. Et je préfère être seul que mal accompagné. Mais toi tu n’as pas ces problèmes-là ?
Elle se leva et en le toisant du regard en souriant :
- J’ai pas dit ça !
Eugènie lui demanda quand elle revint vers elle :
- Alors ?

- C’est non pour toi !
Il avait reprit sa lecture. Mais quand elle jeta un regard dans son coin, il baissa son livre et elle ne put s’empêcher de lui sourire.

Han Suyin (1917: L’Arbre blessé

58190larbrebless.jpg Chez Troisième Oncle tout est collectionné, retenu et classé, dans une tradition de transmission verbal et écrite, avec un soin pointilleux et érudit. Troisième Oncle est le conteur d’histoires, le barde de la Famille, le récitant des sagas ancestrales, le ressusciteur de cadavres qui les fait revivre en paroles. Mais il est aussi le conservateur précis de lettres dûment étiquetées, de photographies et de fiches. Il est en proie à une véritable frénésie de connaissances exactes sur tous les sujets, et possède une surprenante mémoire. (…) Ce désir de comprendre l’avait conduit à comprendre la Révolution mieux sans doute que ne l’avait fait mon père : lui, le capitaliste, le banquier, non seulement acceptait l’inévitabilité des événements, mais il était convaincu qu’aucune autre réponse n’était possible. « C’est parce que je suis économiste. Ton père a toujours été poète et les mouvements de son cœur sont hauts et nobles. » Les mouvements de l’esprit du Troisième Oncle sont concrets et presque trop consciencieux. Aborder un sujet avec lui, c’est connaître ce sujet depuis sa naissance, même si elle se place à l’époque paléolithique, jusqu’aux temps présents.

Combien ce nourrissant, bénéfique Grand Fleuve de mots, interrogeant, pesant, philosophant, cherchant à connaître, répandait de consolation et comme il contribua à guérir les très profondes blessures faites à ma sensibilité par le silence taciturne de mon père, Troisième Oncle ne le saura jamais. Et quand, à la fin, il me donna toutes les lettres qu’en quarante ans il avait reçues de mon père, par ce geste éloquent et final, il acceptait l’idée que nous ne nous reverrions peut-être plus, car il avait soixante-seize ans et ne voulait pas quitter ce monde en laissant une tâche inachevée. Je continuerais l’enquête, oralement, et garderais ainsi en vie l’Histoire de notre époque, fût-elle restreinte à une seule famille, la nôtre. Et cela était bien : c’est la seule immortalité tangible que l’homme puisse réaliser, un prolongement de notre existence terrestre, accompli par un acte, une pensée, un dessein profitables à tous. Une continuité. Le Livre de Poche n° 3307 p. 110-111

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