posts de octobre 2010


Ismaïl Kadaré (1936- : Le Général de l’armée – 1966 morte.

58134kadar.jpg(Le général) évoqua les belles traditions dont s’enorgueillit l’humanité quant aux sépultures des combattants. Il cita les Grecs et les Troyens qui concluaient des trêves pour inhumer solennellement leurs morts. Le général se montrait très enthousiasmé par l’objet de sa mission. C’était une pieuse et lourde tâche dont il s’acquitterait avec succès. Des milliers de mères attendaient leurs fils. Il y avait plus de vingt ans qu’elles se morfondaient. Il est vrai que leur attente avait tant soit peu changé de nature. Ce n’était plus des fils vivants qu’elles attendaient aujourd’hui. Mais ne peut-on pas aussi bien attendre des morts ! C’était celui qui porterait à ces mères éplorées les cendres de leurs enfants que de sots généraux n’avaient pas su conduire habilement au combat. Il en était fier et il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour ne pas les décevoir. Le Livre de Poche n° 3524 p. 17

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Les feuilles,
que l’on dit mortes
courent sur la route,
avec le vent !

Nina

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Nul ne sait vraiment lire qui ne peut déchiffrer son propre cœur.
Anonyme

Pascale Senk : Ecrire pour écrire

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Félix Leclerc (1914-1988) : Prière bohémienne

À tous les Bohémiens, les Bohémiens de ma rue
Qui sont pas musiciens, ni comédiens, ni clowns
Ni danseurs ni chanteurs ni voyageurs ni rien
Qui vont chaque matin, bravement, proprement,
Dans leur petit manteau
Sous leur petit chapeau,
Gagner en employés le pain quotidien;
Qui sourient aux voisins
Sans en avoir envie,
Qui ont pris le parti d’espérer
Sans jamais voir de l’or dans l’aube ou dans leur poche,
Ces braves Bohémiens, sans roulotte ni chien,
Silencieux fonctionnaires aux yeux fatigués.

J’apporte les hommages émus,
Les espoirs des villes inconnues,
L’entrée au paradis perdu
Par des continents jamais vus;
Ce sont eux qui sont les plus forts
Qui emportent tout dans la mort.

Devant ces Bohémiens, ces Bohémiens de ma rue
Qui n’ont plus que la nuit pour partir
Sur les navires bleus de leur jeunesse enfuie.
Glorieux oubliés
Talents abandonnés
Comme des sacs tombés au bord des grands chemins.

Qui se lèvent le main
Cruellement heureux d’avoir à traverser
Des journées
Ensoleillées, usées,
Où rien n’arrivera que d’autres embarras,
Que d’autres déceptions,
Tout au long des saisons,
J’ai le chapeau bas à la main
Devant mes frères Bohémiens.

Jules Seeberger (1872-1932) : Liseuse

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Issus d’une famille bavaroise installée à Lyon en 1860 puis à Paris, Jules, Louis et Henri suivent les cours de dessin de l’école Bernard Palissy. En 1891, Jules réalise ses premières photographies et participe avec Henri aux concours annuels de la Ville de Paris (1903-1904).
En 1905, ils commencent à travailler pour des éditeurs de cartes postales, des séries sur Paris avec les frères Kunzli, puis avec l’éditeur Léopold Verger à partir de 1906. Louis les rejoint et, ensemble, ils photographient les grandes villes du Midi, les villégiatures de la Côte d’Azur ou la côte normande, les villes de cure ou de tourisme alpin, les champs de course, les petits métiers des ports ou de la campagne.
En 1909, ils se consacrent à la photographie de mode pour La Mode pratique, puis en 1910 à des reportages sur l’industrie pour l’encyclopédie Le Monde et la Science, tout en assurant le reportage des inondations de Paris. Vers 1925, Jules abandonne la photographie ; Henri et Louis continuent à fournir à la presse des photographies de mode et d’événements mondains jusqu’à la Seconde guerre mondiale.
En 1923, une agence d’Hollywood, l’International Kinema Research, leur commande des photographies documentaires sur Paris pour des décorateurs américains qui devaient recréer en studio le cadre de vie parisien. Ils y travaillent jusqu’en 1931, rejoints en 1927 et en 1930 par les deux fils de Louis, Jean (1910-1979) et Albert (né en 1914).
L’Etat a acheté en 1976 une grande partie de ce fonds. Les Archives photographiques (Médiathèque de l’architecture et du patrimoine) conservent les 3045 plaques de verre sur le patrimoine architectural, les sites, la vie quotidienne, tandis que la Bibliothèque nationale de France conserve les photographies de mode.

 

En savoir plus…

Liaison !

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Embrasse-moi ! … Le baiser lie
Bien plus que les propos d’amour.

Henrich Heine (1797-1856)

Gertrud Kolmar (1894-1943) : Lettres

57322kolmar.jpg » Mon amie, mon enfant, comme il est beau / Que nous ne nous comprenions pas.  » a écrit Max Brod dans un poème. Les hommes d’aujourd’hui, ou je préférerais dire les hommes du moment, se comprennent très peu les uns les autres, sans que pourtant cela soit beau. Leurs soucis, le plus souvent bien réels, mais aussi purement fictifs quelquefois, ont développé en eux une sorte d’égoïsme du sentiment qui produit l’effet suivant : ils se mettent aussitôt à parler à autrui de leurs malheurs ou même simplement de leurs expériences, et des malheurs et des expériences de leurs parents et amis – et l’autre fait sans doute exactement pareil, il attend seulement que monsieur X, ait fini son rapport sur son fils de Rio pour confirmer, compléter ou contredire les informations qu’il vient d’entendre en exposant les infortunes d’une nièce qui vit également à Rio, et se mettre ensuite immédiatement à parler pendant des heures de sa sœur de Buenos Aires. J’ai parfois carrément l’impression d’ « incontinence » – les gens ne peuvent garder leurs affaires pour eux. Tu me pardonneras ce mot pas très joli, mais je crois que c’est celui qui convient. J’ai peut-être le cœur dur, je reproche aux gens de tâcher de se soulager les uns les autres en se faisait part de leur fardeau… Si seulement c’était ça – mais ça ne l’est pas. Chacun marche si courbé sur son propre ballot qu’il voit à peine celui d’autrui et pense encore moins à le lui ôter – il y a deux personnes qui sont en train de parler et pas une qui écoute. Je reconnais qu’il m’arrive aussi de « hurler avec les loups », simplement parce qu’il est tout à fait inutile de prendre un autre ton. Après coup, je suis toujours accablée et heureuse de me retrouver seule. 22.II.1940 p. 107

Alfrēda Plītes-Pleitas (1888–1921)

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Delphin Enjolras (1857-1945) :

 

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la lecture est une amitié.
Marcel Proust (1871 – 1922)

Nina Leen

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…la lecture est l’apothéose de l’écriture.
Alberto Manguel (1948 – …) – Une histoire de la lecture – 1996

Gertrud Kolmar (1894-1943) : Lettres

57322kolmar.jpgje ne suis pas du tout étonnée que les lettres du garçon te « dépaysent » quelque peu, au sens le plus littéral du mot. Il n’en saurait être autrement. A chaque fois qu’il m’est arrivé par ex. d’écrire une lettre en français, j’étais presque toujours surprise, en me relisant après coup, de découvrir dans ma façon d’écrire quelque chose de fluide, de léger, oui, une élégance que je ne me connaissais pas. Et plus la chose n’avait réussi, plus j’avais l’impression d’être comme insolite à moi-même. Si mes propres phrases dans une langue étrangère me semblaient déjà à ce point curieuses, il n’est pas étonnant que tu décèles encore moins, dans les lettres du garçon, ce qui lui appartient en propre. On pourrait encore ajouter toutes sortes de choses capitales sur le sujet, mais j’arrête là : je ne vais pas me mettre à écrire un traité « linguistique ». 15.I.1940 p. 91

68 /

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Les femmes préfèrent être belles, plutôt qu’intelligentes
parce que, chez les hommes, il y a plus d’idiots que d’aveugles.

Yvonne Printemps. (1894-1977)

Pareja / Monique Duchaussois.

 

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J’aime désirer, fignoler mon désir, l’affiner, l’exacerber ;
et j’aime le sentir me bruler les veines, me ronger la peau,
et peut-être est-ce précisément parce que je l’éprouve si intense, si parfait,
que l’assouvissement me déçoit, me blesse parfois, comme une trahison ?

Monique Duchaussois.

Nérée Beauchemin (1850-1931) : Ma France

Français je suis, je m’en vante,
Et très haut, très clair, très fort,
Je le redis et le chante.
Oui, je suis Français d’abord.
Mais, n’ayez soupçon ni doute,
Pour le loyal que je suis,
La France, où mon âme est toute,
Ma France, c’est mon pays.

Ma France, l’intime France,
C’est mon foyer, mon berceau,
C’est le lieu de ma naissance,
Dans ce qu’il a de plus beau ;
C’est la terre où s’enracine
L’érable national,
C’est le ciel où se dessine
La croix du clocher natal.

La douce image de l’autre
Tremble encore dans nos yeux.
Laquelle aimé-je ? La nôtre ?
Je les aime toutes deux !
Indivisibles patries,
Ces deux Frances, pour toujours,
De tout notre cœur chéries,
Ne font qu’une en nos amours.

Qu’un lâche à sa race mente ;
Moi, je suis Français d’abord.
Je le dis et je le chante
Très haut, très clair, et très fort.
Mais, n’ayez soupçon ni doute,
Pour le loyal que je suis,
La France où mon âme est toute,
Ma France, c’est mon pays.

Daniel Ridgway Knight (1839-1924) : A Pensive Moment

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En plus…

Malgré tout je reste longtemps à la fenêtre, à considérer la grande grille en fer qui est fermée, comme si j’espérais obtenir de cette contemplation un reflet de mes obstacles intérieurs à une vie complète et libre.
Anaïs Nin (1903-1977) – Journal, tome I, 1931-1934, Le Livre de Poche p. 17

Printemps…

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La lecture véritable surpasse le texte qui est lu, brise ses marges, va plus loin. Le texte est un support presque miraculeux pour que la lecture instaure un monde nouveau.
Roberto Juarroz (1925 – 1995)

Yvonne Hermann Oilson : Liminaire

Va ! Chante sans souci de mode ou de critique
Sans souci de lois ni de maître.
Selon le rythme de ton sang, selon ton âme,
Tes joies, ton amour, ta détresse.
Chante quand gronde, en toi cette force invincible
Qui se libère par des mots
Et dont tu ne pourrais, fût-ce au prix de ta vie,
Détourner la douce violence.

Pierre Desproges (1939-1989) : Psy – 28-03-1986

57325desproges.jpgDepuis pas loin d’un siècle qu’une baderne autrichienne obsédée s’est mise en tête qu’œdipe voulait sauter sa mère, la psychanalyse a connu sous nos climats le même engouement que les bains de mer ou le pari mutuel urbain.

On a beau savoir pertinemment que la méthode d’investigation psychomerdique élucubrée par le pauvre Sigmund n’est pas plus une science exacte que la méthode du professeur Comédon pour perdre trente kilos par semaine tout en mangeant du cassoulet, ça ne fait rien, la psychanalyse, c’est comme la gauche ou la jupe à mi-cuisse, c’est ce qui se fait maintenant chez les gens de goût.

Ce scepticisme à l’égard de la psychanalyse, mais aussi de la psychologie et de la psychiatrie qui s’y réfèrent de plus en plus, me vient, selon mes docteurs, des données de base primaires d’un caractère brutal et non émotif qui me pousse à manger le pilon du poulet avec les doigts ou à chanter l’ouverture de Tannhâuser dans les moments orgasmiques.

Voici une histoire vécue, où le prestige des psy en prend plein le subconscient. Ma copine Betty Sartou, mère de famille à ses moments pas perdus pour tout le monde, a connu le malheur d’accoucher d’une espèce de surdoué qui s’appelle Grégoire, comme les moins cons des papes, mais c’est une coïncidence. A cinq ans et demi, ce monstre donnait des signes alarmants d’anormalité. Notamment, il préférait Haendel à Chantal Goya, il émettait des réserves sur la politique extérieure du Guatemala et, surtout, il savait lire malgré les techniques de pointe en vigueur à l’Éducation nationale.

Devant ce désastre, la maman et la maîtresse d’école estimèrent d’un commun accord que Grégoire était un mauvais exemple pour ses collègues de la maternelle, et qu’il serait bienséant de le jeter prématurément dans le cours préparatoire. Oui, mais à condition, dit l’Education nationale, que Grégoire subisse de la part d’un psychologue, par nous choisi, les tests en vigueur en pareille occasion. Au jour dit, mon amie Betty et son super minus se présentent au cabinet du psy, en l’occurrence une jeunesse binoclée de type  » Touche pas à mon diplôme « . On prie la maman de rester dans la salle d’attente. Vingt-cinq minutes plus tard, la psychologue dont le front bouillonnant se barre d’un pli soucieux libère le gamin et accueille la mère.

- Votre fils Grégoire peut sauter une classe. Il en a la maturité. Il a parfaitement réussi les tests de latéralisation (en gros, cela signifie que si on lui présente une cuillère, il aura tendance à l’attraper plutôt avec sa main droite qu’avec son pied gauche). Malheureusement, je ne vous cacherai pas qu’il semble souffrir de troubles affectifs probablement dus à… un mauvais climat familial. Voyez le dessin qu’il vient de réaliser. Je lui avais demandé de dessiner papa et maman. C’est assez clair, non ?

L’enfant avait dessiné un père gigantesque, dont la silhouette occupait toute la hauteur de la page, alors que la mère lui arrivait à peine au plexus.

- Pour moi, c’est clair, soupira la psy. Cet enfant marque une tendance à la sublimation de l’image du père, tendance subconsciemment contrecarrée par une minimisation anormale de l’image et donc du rôle de la mère dans le contexte familial. Je ne vois malheureusement pas d’autre explication.

- Moi, j’en vois une, dit Betty. Mon mari mesure un mètre quatre-vingt-treize et moi un mètre quarante-sept.
Chroniques de la haine ordinaire, Points Virgule n° V50, p. 85
Pour Chriss ! La victoire du bon sens sur !

Karl Raupp (1837-1918) : Lecture sous un arbre – 1874

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La lecture est ainsi faite de ce que nous savons, de ce que nous apprenons et de ce que nous n’apprenons que parce que nous le savions déjà et de ce que nous savons mieux maintenant parce que nous venons de le rapprendre.
Émile Faguet (1847 – 1916)

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