Georges Aspirot
16 novembre, 2010 @ 5:00 Poésie

Comme l’onde ne peut remonter à sa source,
Nul homme sur ses ans ne rebrousse chemin;
Jamais le temps pour nous n’interrompra sa course
Et chacun de nos jours aura son lendemain.

Au bord de la vallée où je vins, hier encore,
M’enivrer des parfums qu’exhalait l’églantier
Je reviens, mais ces fleurs que mon œil vit éclore
En lambeaux sous mes pas gisent sur le sentier.

Du sillon se voyant refuser la pâture
Les oiseaux tour à tour ont fui sous d’autres cieux
Et, perdus au milieu des buissons sans verdure,
Frissonnent sous le vent les nids silencieux.

Tu te tais, ô nature, et ta face voilée
N’offre plus à mes yeux les charmes d’un beau jour,
Mais dans ton froid silence à mon âme troublée
Retentissent encore les échos de l’amour.

Vibre, vibre mon âme, à ce souffle d’automne!
Sur l’univers en deuil pleure avec l’aquilon!
Vois du rameau pâli, la fleur qui s’abandonne
Au vent glacé du soir qui l’emporte au vallon!

Cependant que, du jour éclairant l’agonie,
Tous les flambeaux du ciel s’allument dans la nuit
Écoute, en cette paix, la lugubre harmonie
De la feuille qui tombe et de l’aile qui fuit!

De ta vie, ô mortel, la fleur est le symbole;
Aux lueurs de l’aurore elle s’ouvre et sourit;
Un souffle la fait naître et sa fraîche corolle,
Fragile comme toi, d’un souffle se flétrit.

Détourne-toi, mon cœur, des vils biens de ce monde,
Mirages fugitifs qui ne durent qu’un jour!
Sous nos yeux éblouis ils coulent comme l’onde,
Mais hélas! Comme l’onde ils te fuient sans retour.

Méprise cet éclat d’une gloire qui passe;
Ce n’est là qu’un reflet d’une vaine beauté;
Tout espoir, tout bonheur que l’amertume efface
N’est que songe éphémère et qu’irréalité.

Qui de nous n’a connu que des cieux sans nuage!
Une joie, un sourire et soudain des sanglots;
Tel l’azur obscurci tout à coup par l’orage
Qui mugit de courroux en soulevant les flots.

Qu’importent maintenant ces jours sereins ou sombres
Que le fleuve du temps engloutit dans son cours!
Que me font aujourd’hui la lumière ou les ombres
À l’heure où le soleil se couche sur mes jours!

Déjà j’entends au loin le clocher qui me pleure;
Déjà l’écho des ans à mon âme se tait,
Et des biens d’ici-bas seul l’amour me demeure
Et me comble à la fois d’ivresse et de paix.

Demain mon œil hélas! Ne verra plus ta flamme,
Astre béni du jour dont le disque est si beau;
Et cet hymne plaintif, c’est l’adieu de mon âme,
C’est le chant d’un humain sur le seuil du tombeau.

Veille sur mon repos, veille sur mon silence,
Nature dont l’aspect m’est voilé par la mort;
Veille comme une mère, au chevet de l’enfance,
Sur le fruit de son sein que son baiser endort!

Ainsi qu’un vent d’automne emportant le feuillage,
L’homme voit de ses jours s’assombrir l’horizon;
La mort passe et, de lui, laisse dans son sillage
Ce que laisse des fleurs le rapide aquilon.

Ah! que peut le soleil à cette heure dernière
Où son front à nos yeux se voile désormais!
Que peuvent ses rayons pour l’humaine paupière
Que la nuit du trépas va glacer à jamais.

Mais quand je goûterai ce bonheur où j’aspire,
Cette paix qu’en vos bords je vins chercher en vain,
Beaux lieux sur mon tombeau chantez sous le zéphyr:
«L’amour est éternel et son astre est divin!»

-Jean
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