posts dans la catégorie 'Citations : L’art d’écrire'


Jorge Semprun (1923-07/06/2011) : L’Ecriture ou la vie

58188semprun.jpgLe bonheur de l’écriture, je commençais à le savoir, n’effaçait jamais ce malheur de la mémoire. Bien au contraire: il l’aiguisait, le creusait, le ravivait. Il le rendait insupportable. p.212

On a le droit de faire sursauter un lecteur, de le prendre à rebrousse-poil, de le provoquer à réfléchir ou à réagir au plus profond de lui-même: on peut aussi le laisser de glace, bien sûr, lui passer à côté, le manquer ou lui manquer. Mais il ne faut jamais le dérouter, on n’en a pas le droit : il ne faut jamais, en effet, qu’il ne sache plus où il en est, sur quelle route, même s’il ignore où cette route le conduit. p.99

Jean-Pierre Verheggen : Entre Saint-Antoine et San-Antonio

58163verheggen.jpegTout dire ! Tout parler ! Oser ! Tout écrire ! Tout sembler réussir pour mieux finir par tout
rater ! Tout échouer et en rire ! Tout oser !
L’Académie ? Vingt cadavres debout discutent de l’orthographe exacte du mot
macchabée ! Vingt autres Membres, déturgescents, se livrent à de savants calculs de
probabilités sur les chances de survie du point d’interrogation final ! Puisse-t-il leur être
fatal ! Tout pue, jeunes gens !
Fuyez ! Hâtez le pas ! L’Institution nous rattrape, l’Établissement est à nos portes et l’Art
Officiel nous colle au derche ! Fuyons tous les Cercles ! Fuyons celui des Lecteurs
Disparus ! Fuyons même celui des Lecteurs de Spirou ! Fuyons tout ! Fuyons surtout celui
des Poètes Retrouvés, Gelés, Momifiés ou Assoupis, pour l’Éternité, dans les platitudes
de la convivialité ! Fuyez ces mammouths ! Fuyez leurs mamours ! Fuyez leurs
moumoutes ! En avant toutes !

Pierre Drieu la Rochelle (1893-1945)

C’est une grande faiblesse que de tenir son journal au lieu d’écrire des œuvres. Quel aveu chez Gide qui y a consacré peut-être le meilleur de lui faute de trouver en lui-même quelque chose de meilleur pour en faire des romans ou des pièces.

Karl Kraus (1874-1936) : Aphorismes

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Le jeu de mots, méprisable en soi, peut être, au service d’une intention artistique, le plus noble des instruments quand il représente une idée spirituelle en raccourci. Il peut ramasser en une épigramme toute une critique de la société.

Karl Kraus (1874-1936) : Aphorismes

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Plus on serre un mot de près, et plus il le prend de haut

Karl Kraus (1874-1936) : Aphorismes

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Bien écrire sans personnalité peut suffire pour le journalisme. A la rigueur pour la science. Jamais pour la littérature.

Virginia Woolf (1862-1941) : préface à Orgueil et Préjugés, de Jane Austen.

58085orgueilprejuges.jpgS’il n’avait tenu qu’à Miss Cassandra Austen, il ne nous resterait probablement rien de Jane Austen, que ses romans. Ce n’est qu’à sa sœur ainée qu’elle écrivait librement ; c’est à elle seule qu’elle confia ses espoirs, et, si l’on en croit la rumeur, l’unique grande désillusion de sa vie ; mais, à mesure que Miss Cassandra Austen vieillissait, la gloire grandissante de sa sœur faisait naître en elle des inquiétudes : un jour arriverait où des inconnus viendraient fureter, où des érudits feraient des conjectures ; aussi brûla-t-elle, ce qui lui coûta beaucoup, toutes les lettres qui auraient pu satisfaire leur curiosité, et n’épargnant que ce qu’elle jugea banal pour être de quelque intérêt. 10/18 n° 1505 p. 5

Karl Kraus (1874-1936) : Aphorismes

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On doit à chaque fois écrire comme si l’on écrivait pour la première et la dernière fois. Dire autant de choses que si l’on faisait ses adieux et les dire aussi bien que si l’on faisait ses débuts.

Karl Kraus (1874-1936) : Aphorismes

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Il y a deux sortes d’écrivains. Ceux qui le sont, et ceux qui ne le sont pas. Chez les premiers, le fond et la forme sont ensemble comme l’âme et le corps ; chez les seconds, le fond et la forme vont ensemble comme le corps et l’habit.

Karl Kraus (1874-1936) : Aphorismes

58092kraus.jpgOn doit à chaque fois écrire comme si l’on écrivait pour la première et la dernière fois. Dire autant de choses que si l’on faisait ses adieux et les dire aussi bien que si l’on faisait ses débuts.

Marcel Proust (1871-1922) : Le Temps retrouvé

58087proust.jpgMoi, c’était autre chose que j’avais à écrire, de plus long, et pour plus d’une personne. Long à écrire. Le jour, tout au plus pourrais-je essayer de dormir. Si je travaillais, ce ne serait que la nuit. Mais il me faudrait beaucoup de nuits, peut-être cent, peut-être mille. Et je vivrais dans l’anxiété de ne pas savoir si le Maître de ma destinée, moins indulgent que le sultan Sheriar, le matin quand j’interrompais mon récit, voudrait bien surseoir à mon arrêt de mort et me permettrait de reprendre la suite le prochain soir. Non pas que je prétendisse refaire, en quoi que ce fût, les Milles et une Nuits, pas plus que les Mémoires de Saint-Simon, écrits eux aussi la nuit, pas plus qu’aucun des livres que j’avais aimés, dans ma naïveté d’enfant, superstitieusement attaché à eux comme à mes amours, ne pouvant sans horreur imaginer une œuvre qui serait différent d’eux. Mais, comme Elstir Chardin, on ne peut refaire ce qu’on aime qu’en le renonçant.

Sans doute mes livres eux aussi, comme mon être de chair, finiraient un jour par mourir. Mais il faut se résigner à mourir. On accepte la pensée que dans dix ans soi-même, dans cent ans ses livres, ne seront plus. La durée éternelle n’est pas plus promise aux œuvres qu’aux hommes. *

Ce serait un livre aussi long que les Milles et une Nuits peut-être, mais tout autre. Sans doute quand on est amoureux d’une œuvre, on voudrait faire quelque chose de tout pareil, mais il faut sacrifier son amour du moment, ne pas penser à son goût, mais à une vérité qui ne vous demande pas vos préférences et vous défend d’y songer. Et c’est seulement si on la suit qu’on se trouve parfois rencontrer ce qu’on a abandonné, et avoir écrit, en les oubliant, les Contes arabes ou les « Mémoires de Saint-Simon » d’une autre époque. Mais était-il encore temps pour moi ? N’était-il pas trop tard ? Folio p. 436-37

Anatole France (1844-1924)

Lu : La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, si touchante, si voluptueuse, si chaste, si noble, si familière, si folle, si sage, qu’on l’aime de toute son âme, et qu’on n’est jamais tenté de lui être infidèle.

Jacques de Bourbon-Busset (1912-2001) : Journal III

58312busset.jpg3 janvier 1967 : Pousser la concision à l’extrême, mais s’arrêter juste à temps, à la frontière de l’obscur. Le difficile est que ce qui est déjà obscur pour les uns est encore clair pour les autres. La lecture à plusieurs niveaux, comme on dit aujourd’hui, est une solution aristocratique et déplaisante. Il convient de chercher la transparence et, au lieu d’éblouir d’un soleil noir la masse, d’obliger les beaux esprits à découvrir ce que recouvrent des eaux claires et profondes. Folio n° 127, p. 41

Pascale Senk : Ecrire pour écrire

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Yvonne Hermann Oilson : Liminaire

Va ! Chante sans souci de mode ou de critique
Sans souci de lois ni de maître.
Selon le rythme de ton sang, selon ton âme,
Tes joies, ton amour, ta détresse.
Chante quand gronde, en toi cette force invincible
Qui se libère par des mots
Et dont tu ne pourrais, fût-ce au prix de ta vie,
Détourner la douce violence.

Gertrud Kolmar (1894-1943) : Lettres

57322kolmar.jpgle fait que ma poésie apporte quelque chose aux autres, aussi réjouissant soit-il, ne me procure cependant pas autant de joie que l’écriture elle-même. Avec mes petites œuvres, j’ai le même rapport qu’une mère avec son enfant qui vient de naître. Évidemment, elle se félicite de l’enthousiasme du père, des grands-parents, des vœux de bonheur de la famille, mais l’essentiel reste que sa plus grande joie est de l’avoir mis au monde. 26.III.1939 p. 14

Gertrud Kolmar (1894-1943) : Lettres

57322kolmar.jpgAujourd’hui je sais, même sans les critiques, ce que je vaux en tant que poétesse, ce dont je suis capable et de dont je ne suis pas capable… Je ne comprends absolument pas Néron, qui se faisait applaudir dans l’arène par le peuple tout entier. A sa place, j’aurais considéré mes poèmes comme des dons précieux, à ne dispenser qu’à des élus… 16.10.1938, à Hilde p. 45

Willem Drosh (1633-1659) : Bethsabée recevant la lettre de David – 1654

 

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On peut séduire n’importe qui avec des mots tracés pour lui sur une feuille de papier. C’est un pouvoir extraordinaire, phénoménal, monstrueux, quoique peu usité : la lettre d’amour est d’une efficacité redoutable, mais méconnue.
Camille Laurens (6 1957 – …)

José Ferraz Almeida Júnior (1850-1899) : Saudade – 1899

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Je suis bien loin de pouvoir expliquer en quoi un mauvais roman diffère d’un bon ; j’appelle mauvais roman un roman où tout se tient, où il n’y a rien à reprendre, mais enfin mauvais. C’est art est bien caché ; toutefois je remarque qu’à chaque nouvelle lecture le bon roman ouvre une avenir neuf.
Alain, Propos de littérature, Éd. Gonthier, Médiations, p.110

Gyula Benczur (1844-1920) : Femme lisant dans un bosquet – 1875

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Écrire, c’est se souvenir. Mais lire, c’est aussi se souvenir.
François Mauriac (1885 – 1970)

Ernst Jünger (1895-1998) : Jardins et routes

57268junger.jpgTravaillé pour la première fois dans la nouvelle maison. La Reine des serpents, – peut-être trouverai-je un titre meilleur, de peur que l’on ne nous tienne pour des Ophites. Il me semble, lorsque je relis cet écrit en pensée, qu’il ne produit pas sur moi son plein effet. Il arrive qu’une phrase brève me paraisse inachevée, bien que je sache que la concision a souvent une force efficace. La phrase, telle que l’écrit l’auteur, se distingue de la phrase telle que son lecteur la lit. Lorsque je rencontre des notes ou des lettres dont je ne sais plus que ma plume les avait tracées, la prose m’en paraît meilleure, plus vigoureuse. Kirchhorst, 3 avril 1939, Le Livre de Poche biblio n° 3006 p. 23

Jules Renard (1864-1910) : Journal – 7 janvier 1899

57228renard.jpgIl n’y a pas de synonymes. Il n’y a que des mots necessaires, et le bon écrivain les connaît.

Jules Renard (1864-1910) : Journal – 22 novembre 1894

57228renard.jpgLe mot juste ! Le mot juste ! Quelle économie de papier le jour où une loi obligera à ne se servir que du mot juste.

Jules Renard (1864-1910) : Journal – 13-09-1887

57228renard.jpgLe plus artiste ne sera pas de s’atteler à quelque gros œuvre, comme la fabrication d’un roman, par exemple où l’esprit tout entier devra se plier aux exigences d’un sujet absorbant qu’il s’est imposé ; mais le plus artiste sera d’écrire, par petits bonds, sur cent sujets qui surgiront à l’improviste, d’émietter pour ainsi dire sa pensée. De la sorte, rien n’est forcé. Tout a le charme du non voulu, du naturel. On ne provoque pas : on attend.

Jules Renard (1864-1910) : Journal – 1887

57228renard.jpgLe talent est une question de quantité. Le talent, ce n’est pas d’écrire une page : c’est d’en écrire 300. Il n’est pas de roman qu’une intelligence ordinaire ne puisse concevoir, pas de phrase si belle qu’elle soit qu’un débutant ne puisse construire. Reste la plume à soulever, l’action de régler son papier, de patiemment l’emplir. Les forts n’hésitent pas. Ils s’attablent, ils sueront. Ils iront au bout. Ils épuiseront l’encre, ils useront le papier. Cela seul les différencie, les hommes de talent, des lâches qui ne commenceront jamais. En littérature, il n’y a que des bœufs. Les génies sont les plus gros, ceux qui peinent dix-huit heures par jour d’une manière infatigable. La gloire est un effort constant.

Han Suyin (1917: L’Arbre blessé

58190larbrebless.jpg Chez Troisième Oncle tout est collectionné, retenu et classé, dans une tradition de transmission verbal et écrite, avec un soin pointilleux et érudit. Troisième Oncle est le conteur d’histoires, le barde de la Famille, le récitant des sagas ancestrales, le ressusciteur de cadavres qui les fait revivre en paroles. Mais il est aussi le conservateur précis de lettres dûment étiquetées, de photographies et de fiches. Il est en proie à une véritable frénésie de connaissances exactes sur tous les sujets, et possède une surprenante mémoire. (…) Ce désir de comprendre l’avait conduit à comprendre la Révolution mieux sans doute que ne l’avait fait mon père : lui, le capitaliste, le banquier, non seulement acceptait l’inévitabilité des événements, mais il était convaincu qu’aucune autre réponse n’était possible. « C’est parce que je suis économiste. Ton père a toujours été poète et les mouvements de son cœur sont hauts et nobles. » Les mouvements de l’esprit du Troisième Oncle sont concrets et presque trop consciencieux. Aborder un sujet avec lui, c’est connaître ce sujet depuis sa naissance, même si elle se place à l’époque paléolithique, jusqu’aux temps présents.

Combien ce nourrissant, bénéfique Grand Fleuve de mots, interrogeant, pesant, philosophant, cherchant à connaître, répandait de consolation et comme il contribua à guérir les très profondes blessures faites à ma sensibilité par le silence taciturne de mon père, Troisième Oncle ne le saura jamais. Et quand, à la fin, il me donna toutes les lettres qu’en quarante ans il avait reçues de mon père, par ce geste éloquent et final, il acceptait l’idée que nous ne nous reverrions peut-être plus, car il avait soixante-seize ans et ne voulait pas quitter ce monde en laissant une tâche inachevée. Je continuerais l’enquête, oralement, et garderais ainsi en vie l’Histoire de notre époque, fût-elle restreinte à une seule famille, la nôtre. Et cela était bien : c’est la seule immortalité tangible que l’homme puisse réaliser, un prolongement de notre existence terrestre, accompli par un acte, une pensée, un dessein profitables à tous. Une continuité. Le Livre de Poche n° 3307 p. 110-111

57-200

Lu : « La tête de Jeanne Forgues, épouse Loubatière, 4 septembre 1867. » Cette petite note accompagnait un crâne emballé dans un chapeau haut-de-forme, trouvé à Agen le 16 juin. Il fut découvert dans une cloison au cours de la démolition d’une cheminée.

58184juliengreen.jpgNote de lecture : Je voudrais écrire pour celui qui est seul. Julien Green (1900-1998) : Journal 1935-1939 Le Livre de Poche n° 3704 p. 252

J’ai connu plusieurs écrivains qui se croyaient des géants parce qu’ils vivaient au pays des nains. Quoi que nous en ayons, il faut, si nous voulons savoir ce que nous valons vraiment, nous reporter en arrière et nous comparer à ce qu’il y a de meilleur. Entre vivants, les jugements que nous portons les uns sur les autres sont suspects. A tous les écrivains qui se croient quelque chose, je conseille une courte promenade le long des quais ; qu’ils jettent un coup d’œil dans les boîtes des bouquinistes, ils verront ce que vaut leur petite gloire. Julien Green (1900-1998) : Journal 1935-1939Le Livre de Poche n° 3704 p. 261

Opinion : Les radios et les télés fonctionnent à plein sur un non-événement : la coupe du monde foot et ses petits incidents collatéraux. A côté de ça le sort de millions d’africains ne s’améliore pas. Quand au Golf du Mexique ?

Pour Chriss !

57169mots.jpgComme avec les êtres vivants, j’ai avec les mots des amitiés, des antipathies, des amours et des tabous. Certains définissent mes ambitions, mes projets, mes « objectifs » intellectuels : lire, apprendre, méditer, voir, comprendre, savoir, écouter, s’enthousiasmerLiberté, justice, honnêteté, respect, humanité, définissent mon idéal de vie. Je me méfie de  » l’homme » d’un seul mot comme de celui d’un seul livre. Je crois que nous avons tous notre dictionnaire, que nous complètons et expurgeons au cours de notre vie. Nous les classons non par ordre alphabétique mais en fonction de nos expériences et en cela nous devons nous méfier. Mais celui qui me représente peut-être le plus c’est curiosité : curiosité pour la vie, la femme(s), le passé, le progrès, l’avenir, l’univers, les livres, le temps…. la poésie ! Mots qui eux aussi font partie de mes préférences.

Une base Stefan Zweig

Des chercheurs de l’Université de Salzbourg vont numériser les écrits originaux de l’écrivain autrichien Stefan Zweig, dispersés dans le monde entier, pour créer une banque de données multimedia sur Internet.
« Nous essayons de savoir où tous ces documents se trouvent. D’après nos estimations, il y a environ 30.000 lettres et elles sont encore plus dispersées que les manuscrits », a expliqué le responsable du projet, M. Olivier Matuschek du Centre Stefan Zweig ouvert en 2008 et entièrement.
L’équipe, dont le projet devrait prendre 3 ans, va d’abord alimenter la banque de données avec l’autobiographie « Le Monde d’hier », rédigée peu avant le suicide en 1942 de l’écrivain d’origine juive. « Ainsi, nous aurons un fil directeur temporel sur lequel nous pourrons accrocher le reste. Nous allons mettre l’édition originale en allemand en ligne et y lier les manuscrits. Les gens pourront voir quel était le premier jet pour le troisième chapitre par exemple », a détaillé le chercheur qui travaille depuis 15 ans sur Zweig.
« Avec un clic, les utilisateurs pourront voir aussi s’il existe une lettre relative à ce passage ou un extrait de son journal intime. Ou bien des résultats issus de recherches récentes. Ce sera un instrument pour les profanes comme pour les chercheurs », a encore ajouté M. Matuschek; il a souhaité que la plate-forme se développe également sur un mode interactif avec les internautes.
Le Centre Stefan Zweig de Salzbourg a déjà passé des accords avec un éditeur londonien de l’écrivain et l’université américaine de Fredonia (Etat de New-York), pour numériser les écrits détenus par ces deux institutions.
Né en 1881 à Vienne en Autriche-Hongrie, Stefan Zweig a connu ses premiers succès avant la première guerre mondiale. Il partit en exil dès 1934 en Grande-Bretagne, pressentant les dangers du nazisme. Il se suicide le 22 février 1942 au Brésil où il s’était établi un an auparavant.
Outre « Le Monde d’hier », ses livres les plus connus s’intitulent « Amok », « 24 heures dans la vie d’une femme », et « Le joueur d’échecs ».

Platon : Phèdre

SOCRATE : – Le dieu Teuth, inventeur de l’écriture, dit au roi d’Egypte :

 » Voici l’invention qui procurera aux Egyptiens plus de savoir et de mémoire : pour la mémoire et le savoir j’ai trouvé le médicament qu’il faut  » – Et le roi répliqua :  » O Teuth très industrieux, autre est l’homme qui se montre capable d’inventer un art, autre celui qui peut discerner la part de dommage et celle d’avantage qu’il procure à ses utilisateurs. Père des caractères de l’écriture, tu es en train, par complaisance, de leur attribuer un pouvoir contraire à celui qu’ils ont. Conduisant ceux qui les connaîtront à négliger d’exercer leur mémoire, c’est l’oubli qu’ils introduiront dans leurs âmes : faisant confiance à l’écrit, c’est du dehors en recourant à des signes étrangers, et non du dedans, par leurs ressources propres, qu’ils se ressouviendront ; ce n’est donc pas pour la mémoire mais pour le ressouvenir que tu as trouvé un remède. Et c’est l’apparence et non la réalité du savoir que tu procures à tes disciples, car comme tu leur permets de devenir érudits sans être instruits, ils paraîtront pleins de savoir, alors qu’en réalité ils seront le plus souvent ignorants et d’un commerce insupportable, car ils seront devenus de faux savants. « 

[…] Ainsi celui qui croit avoir consigné son savoir par écrit tout autant que celui qui le recueille en croyant que de l’écrit naîtront évidence et certitude, sont l’un et l’autre tout pleins de naïveté dans la mesure où ils croient trouver dans les textes écrits autre chose qu’un moyen permettant à celui qui sait de se ressouvenir des choses dont traitent les écrits.


PHÈDRE : – C’est très juste.

SOCRATE : – Car ce qu’il y a de redoutable dans l’écriture, c’est qu’elle ressemble vraiment à la peinture : les créations de celle-ci font figure d’êtres vivants, mais qu’on leur pose quelque question, pleines de dignité, elles gardent le silence. Ainsi des textes : on croirait qu’ils s’expriment comme des êtres pensants, mais questionne-t-on, dans l’intention de comprendre, l’un de leurs dires, ils n’indiquent qu’une chose, toujours la même. Une fois écrit, tout discours circule partout, allant indifféremment de gens compétents à d’autres dont il n’est nullement l’affaire, sans savoir à qui il doit s’adresser. Est-il négligé ou maltraité injustement ? il ne peut se passer du secours de son père, car il est incapable de se défendre ni de se secourir lui-même. « 

Alice James (1848-1892)

58209journalalicejames.jpgSi je prends l’habitude d’écrire des bribes de ce qui se passe, ou plutôt ne se passe pas, je pense que je perdrai peut-être un peu de ce sentiment de solitude et de désolation qui ne me quitte pas. Les circonstances de ma vie me permettant de m’exprimer seulement par monosyllabes, un monologue écrit par cet être très intéressant, moi-même, offrira peut-être des consolations encore inexplorées. Je ferai au moins tout ce que je voudrai et ce sera sans doute une issue à ce geyser d’émotions, de rêveries et de pensées qui fermente perpétuellement dans ma pauvre vieille carcasse pour mes péchés ; voici donc mon premier Journal ! Journal, 31 mai 1889, des femmes, p. 9

133

Question : Que doit-on retenir d’une journée : le moment le plus marquant ? l’impression générale ? notre état d’esprit quand elle s’achève ?
Réflexion : Vingt ans ce n’est pas le plus bel âge de la vie : mais c’est celui où le point noir de la mort ne grossit pas à l’horizon tous les jours.
Citation : Pour bien écrire, il faut sauter les idées intermédiaires, assez pour n’être point ennuyeux, pas trop de peur de n’être pas entendu. Montesquieu Mes pensées.
Photo : Ce matin :

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Eugène Delacroix (1822-1863) : Journal

58240delacroixjournalmemorables.jpgLouroux, mardi 3 septembre 1822. – Je mets à exécution le projet formé tant de fois d’écrire ce journal. Ce que je désire le plus vivement, c’est de ne pas perdre de vue que je l’écris pour moi seul ; je serai don vrai, je l’espère ; j’en deviendrai meilleur. Ce papier me reprochera mes variations. Je le commence dans d’heureuses dispositions.

Je suis chez mon frère. Il est neuf ou dix heures du soir qui viennent de sonner à l’horloge du Louroux. Je me suis assis cinq minutes au clair de lune, sur le petit banc qui est devant ma porte, pour tâcher de me recueillir. Mais quoique je sois heureux aujourd’hui, je ne retrouve pas les sensations d’hier soir. C’était la pleine lune. Assis sur le banc qui est contre la maison de mon frère, j’ai goûté des heures délicieuses. Après avoir été reconduire des voisins qui avaient dîné et fait le tour de l’étang, nous rentrâmes. Il lisait les journaux, moi, je prenais quelques traits de Michel-Ange que j’ai apporté avec moi. La vue de ce grand dessin m’a profondément ému et m’a disposé à de favorables émotions. La lune s’étant levée toute grande et rouge dans un ciel pur, s’éleva peu à peu entre les arbres. Au milieu de ma rêverie et pendant que mon frère me parlais d’amour, j’entendis de loin la voix de Lisette. Elle a un son qui me fait palpiter le cœur ; Plon, page 17

Yves Thériault

Entre gens de même sincérité, point besoin de serments. Il suffit d’une phrase fermement dite. La Mort d’eau (pour Cathy…)

Ne ronge pas ton frein, ce que tu as sur le cœur, dis-le. Tu verras qu’un secret étalé au soleil rétrécit à vue d’œil. Le Grand Roman d’un petit homme (pour Bambou…)

Les mots disent ce qu’ils veulent dire. On les emploie par besoin, sans plus. Ou alors on les emploie pour fausser l’idée. Agaguk (parce que je pense le contraire)

La concision est sœur du talent. Anton Tchekov.

 

avec des “si” … : Je me lance

Ce sont bien mes premiers pas dans cet univers des blogs ; je me demande ce que ça va donner ! des questions de posent : quels vont être les centres d’intérêts de cet espace ? de quoi vais je bien pouvoir parler, hormis de moi ??? lol ou de mes sempiternelles prises de conscience. l’actualité ? j’avoue pour l’instant que je ne m’implique pas trop, tant d’injustice et de conneries me retournent l’estomac, j’ai déjà bien assez de soucis chez moi ! je ne pense pas d’ailleurs chercher à avoir beaucoup de lecteurs, je suis comme une enfant rêvant encore que son sauveur va tomber sur elle par hasard et lui apporter la vie de ses rêves.
au fait, je me présente (enfin, brièvement) : j’ai 32 ans, un merveilleux petit garçon de 6 ans, et un petit copain … disons qui ne me correspond pas vraiment … et cela me navre énormément. alors j’attends, et j’espère, sachant très bien que cela ne mènera nulle part.
sinon, je suis comme on dit, une manuelle ! j’aime le bricolage et tous ces « trucs de bonne femme » lol comme le point de croix, la couture, la broderie et aussi beaucoup le jardinage. j’adore la musique et le cinéma ; les comics (marvel surtout et pas seulement depuis la sortie des derniers films…).
bon, je ne dévoilerai rien de plus au risque de ne plus avoir rien d’autre à dire.
je me dis quand même que si quelqu’un a une idée ou une réflexion à me faire, qu’il se lance, je serais ravie de voir que j’ai réussi à attirer un auditeur ! lol
en attendant, salut et à bientôt.

Katia 

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