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Daniel Cordier (1920- : Alias Caracalla

Lecture1er septembre 1942 : Ce soir *Rex (Jean Moulin) demeure songeur. Je sais qu’il pense aux Juifs. Après un moment, faisant allusion aux bourreaux, il ne peut s’empêcher de lâcher : « Quels salauds ! » C’est la première fois que j’entends un gros mot dans sa bouche. Comme je ne sais que répondre, il reprend : « Vous joindrez les lettres pastorales au prochain courrier. Il faut tout faire pour répandre la vérité sur ces crimes. Il faudrait une lame de fond pour réveiller l’opinion et arracher ces malheureux à leur sort. Hélas, que pouvons-nous ? C’est dans une telle occasion que la Résistance révèle son impuissance. »

Il reprend les termes mêmes de Bidault, et je sens dans sa voix une profonde indignation. p. 519

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Daniel Cordier (1920- : Alias Caracalla

58169aliascaracalla.jpgAlors que je déjeune seul Chez George, une de mes cantines londoniennes, je vois arrivé Guy Vour’ch, dont je suis sans nouvelles depuis mon entrée au BCRA. (…) Il est accompagné de Guy Hattu, qu’il me présente comme l’e neveu de Bernanos. Tous deux travaillent à Radio-Gaulle, une petite station pirate censée émettre clandestinement en France occupée. Gallimard, 2009, Folio, n° 5206, p. 372

Quand j’entre dans le bureau de la revue, (La France libre) l’homme à l’œil malicieux qui se lève et vient à moi la main tendue n’est autre que Raymond Aron. (…) « Puisque vous retournez en France, je vous demande un service pour la liberté : dites aux résistants qu’à la Libération, ils devront s’opposer par tous les moyens aux ambitions du Général. Sinon, ce sera la catastrophe pour le France.  » Gallimard, 2009, Folio, n° 5206, p. 377

Daniel Cordier (1920- : Alias Caracalla

58169aliascaracalla.jpgJe me souviens de scènes pénibles, à Pau, après l’annonce de la capitulation du roi des Belges. Dans la rue, les passagers des voitures immatriculées en Belgique étaient insultés. La population refusait de les héberger, de les nourrir et se jouait d’eux en ricanant. Certains, se vantaient de leur vendre 5 francs une carafe d’eau du robinet : le prix d’un repas ! Gallimard, 2009, Folio, n° 5206, p.91

Daniel Cordier (1920- : Alias Caracalla

58169aliascaracalla.jpgJe livre mes réflexions à Philippe Marmissolle lorsqu’il me rejoint. Habitué à mes humeurs, il ne se départit pas de son calme. En dépit de ma véhémence, il pense autrement :  » Le vengeance n’est pas pour demain.Il faudra d’abord rentrer en France. Attends d’être arrivé en Angleterre pour voir comment ça tourne. Tu penses trop à la politique. C’est quand même Gamelin qui était le chef des armées. Il a perdu en quinze jours une guerre qu’il prépare depuis dix ans. Il n’y pas que les traitres, il y a aussi les vieux cons. » Gallimard, 2009, Folio, n° 5206, p.85-86

Jan Karski (1914-2000) : Mon témoignage devant le monde

58080karski.gif… elle revint avec un journal slovaque. Le titre, en énormes lettres noires, me fit l’effet d’une bombe qui exploserait dans ma tête : »La France a capitulé !1)« 

Mot à mot, car je ne connaissais pas suffisamment le slovaque, je lus l’article qui détaillait ce titre. Je le lisais et le relisais, comme si cette répétition pouvait modifier ce que j’avais pensé être un mensonge du lieutenant SS : le maréchal Pétain avait signé un armistice dans la forêt de Compiègne. Devant les Allemands l’armée française s’était complètement effondrée. Le vieux maréchal avait appelé ses compatriotes à une obéissance absolue. La collaboration… L’Allemagne avait vaincu l’Europe occidentale. Il me fallut quelques minutes pour comprendre et réaliser les faits et je connus alors un véritable désespoir. Pendant des siècles, nous avions été liés à la France par des liens historiques et culturels. Et pour nous autres Polonais, la France était presque une seconde patrie. Nous l’aimions de cet amour profond, irraisonné, dont nous aimions la Pologne. De plus, tout notre espoir de libérer la Pologne reposait sur la victoire de la France. Désormais je ne voyais plus aucune issue. 2). Robert Laffont, 2010, Points, P2543, p. 237

Note : Il convient de rappeler que la Pologne n’avait nullement capitulé en septembre 1939, comme le voudraient nombre de manuels universitaires français qui qualifient la capitulation des défenseurs de Varsovie le 28 septembre de « capitulation de la Pologne ». Or, si le 17 septembre 1939, le gouvernement polonais avait sollicité de son alliée roumaine un « droit de passage » pour gagner, in corpore la France, suivi par le commandant des forces armées, c’était précisément pour éviter d’être pris et contraint à signer une capitulation quelconque et pour au contraire, continuer la lutte, au côté de la France…

Daniel Cordier (1920- : Alias Caracalla

58169aliascaracalla.jpgPlus je réfléchis, plus ma première intuition me semble juste. Ce n’est pas l’armée française qui a perdu la guerre, mais quelques militaires et civils « vendus » qui livrent le pays à Hitler, et cette conspiration a pour chef Pétain. Gallimard, 2009, Folio, n° 5206, p. 34

Ernst Jünger (1895-1998) : Jardins et routes

57268junger.jpgAprès le coucher du soleil, planté des tomates. Les plants reprennent sans s’être fanés pourvu que l’on trempe les mottes dans une bouillie d’eau, de tourbe fumée et de terre. C’est une recette que je dois au courtier de Belz, d’Ueberlingen. Nous avons ainsi, dans l’école de la vie, bien des maîtres, et à nombre d’entre eux nous ne devons qu’un enseignement particulier. 17.V.1939, Le Livre de Poche biblio n° 3006 p. 53

Gertrud Kolmar (1894-1943) : Lettres

57322kolmar.jpgA propos de ces choses – voyage, souvenirs-, je me suis demandé comment cela se fait que la plupart des hommes ne sont pas capables de se constituer d’assez grosses réserves de joie, de bonheur, dont ils pourraient vivre aux jours de manque, de sécheresse. Je suppose, qu’il est donné à bien des femmes de connaître des expériences amoureuse forte. Pourquoi l’éclat de cette fête irradie-t-elle si rarement plus en profondeur leur quotidien ? Un trésor réuni à 20 ans ne peut-il pas tenir jusqu’à 40 ? Ou peut-être n’est-il souvent ni aussi grand ni aussi riche que je me l’imagine ? Et pourquoi les splendeurs d’un amour qui connut son bonheur le plus accompli, la réunion durable de deux amants, disparaissent-elles plus vite de la mémoire affective que le souvenir d’une vie à deux qui n’a pas duré ? Serait-ce seulement parce que le permanent, le durable produit justement un effet émoussant et que ce qu’il touche se couvre de poussière comme un objet que personne ne nettoie de temps à autre ? Il se peut… 26.I.1943 p. 289

Gertrud Kolmar (1894-1943) : Lettres

57322kolmar.jpg… dimanche dernier j’étais si « rompue » que l’après-midi, après avoir nettoyé ma chambre et lavé mes bas, j’ai fait une chose que je ne m’étais pas permise depuis longtemps : absolument rien. J’ai fait ce que je faisais si souvent à Finkenkrug, je me suis assise sur le sofa et j’ai éteint la lumière. Et j’ai réfléchi dans le noir… Et j’ai appliqué - ce que je parviens beaucoup plus rarement à la lumière – à toute chose, à tous les événements la mesure de l’éternité… et bien des choses qui nous paraissent importantes, qui nous obsèdent, nous irritent, y compris nos chères personnes, se sont effondrées…  » Les peuples meurent, pour que dieu vive », ce mot de Saint-Just m’est venu à l’esprit. 18.11.42 p. 266

Otto Scholderer (1834-1902) : Lesendes Mädchen – 1883

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N’y a-t-il pas dans la mentalité des gens, même, surtout chez ceux qui ne lisent pas, la croyance que le livre est sacré ? On ne jette pas un livre, on ne brûle pas un livre, on n’abîme pas un livre, on en prend soin, on le range, on le classe, on en est fier. Bernard Pivot, Le Métier de lire, p. 39

Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) : Terre des hommes – 1939

LectureSa grandeur, c’est de se sentir responsable. Responsable de lui (Guillaumet), du courrier et des camarades qui espèrent. Il tient dans ses mains leur peine ou leur joie. Responsable de ce qui se bâtit de neuf, là-bas, chez les vivants, à quoi il doit participer. Responsable un peu du destin des hommes, dans la mesure de son travail.

Il fait partie des êtres larges qui acceptent de couvrir de larges horizons de leur feuillage. Etre homme, c’est précisément être responsable. C’est connaître la honte en face de la misère qui ne semble pas dépendre de soi. C’est être fier d’une victoire que les camarades ont remportée. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde. Le Livre de Poche n° 68 p. 61-62

Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944) : Terre des hommes

LectureSi on lui parlait de son courage, Guillaumet hausserait les épaules. Mais on le trahirait aussi en célébrant sa modestie. Il se situe bien au-delà de cette qualité médiocre. S’il hausse les épaules, c’est par sagesse. Il sait qu’une fois pris dans l’événement, les hommes ne s’en effraient plus. Seule l’inconnu épouvante les hommes. Mais, pour quiconque l’affronte, il n’est déjà plus l’inconnu. Surtout si on l’observe avec cette gravité lucide. Le courage de Guillaumet, avant tout, est un effet de sa droiture. Le Livre de Poche n° 68 p. 61

Gertrud Kolmar (1894-1943) : Lettres

57322kolmar.jpgA la fin d’un récit d’Estaunié, des enfants en excursion, finissent par trouver des fleurs sur un rocher où l’on peut seulement accéder à force d’escalades. Le petit garçon s’indigne :  » Mais personne ne le voit. A quoi bon des fleurs ici ? ». Et la petite sœur répond :  » Pour que le monde soit beau quand le soleil le regarde.  » 25.XI.1941 p.189

Jan Karski (1914-2000) : Mon témoignage devant le monde

58080karski.gifLa  » drôle de guerre  » a traumatisé et rendu amers la plupart des Polonais. Jan Karski le premier, choqué par l’atmosphère insouciante du Paris de février-mars 1940 qu’il a pu observer. En mai 1940 s’y ajouta, avec l’offensive foudroyante de la Wehrmacht,  » l’erreur fatale », bientôt reprochée au général Sikorski, de faire supporter, en allié crédule de la France, une deuxième défaite et une saignée à la « nouvelle armée polonaise » de 84 000 hommes reconstituée en France. Points P2543 p. 527 note n° 4

Alessandro Barbero (1959- : Le Jour des Barbares

58114lejourdesbarbaresalessandrobarbero.jpg(369 de notre ère) … Thémistius fait l’éloge de Valens qui, alors qu’il pouvait exterminer les Goths, a préféré les épargner, et il formule cette extraordinaire comparaison : nous nous préoccupons beaucoup, dit-il, de préserver les espèces animales, nous ne voulons pas voir disparaître les éléphants de Libye, les lions de Thessalie et les hippopotames du Nil ; nous devons donc nous réjouir que Valens ait sauvé de l’extermination « une population d’hommes, peut-être des barbares, comme le diront certains, mais des hommes tout de même. «  Champs Histoire n° 974 p. 58

Julien Sarrazin (1924-1991) : Contrescarpe

58101contrescarpepoche.jpg… on ramassait des tracts anglais : « Volez, pillez, mais n’allez pas travailler en Allemagne. » Le Livre de Poche n° 4987 p. 78

Julien Sarrazin (1924-1991) : Contrescarpe

58101contrescarpepoche.jpgPour mieux faire bouillir la marmite, plus exactement faire bouillir la marmite à la limite du strict nécessaire, la mère, en plus de ses gosses, prenait aussi un bébé en nourrice. C’est ainsi que j’ai failli changer de mère.

Une Parisienne avait apporté un bébé maigrichon de mon âge, nous étions ensemble dans un parc, le jour où cette mère-là vint en visite quelques mois plus tard, elle m’attrapa, me prit dans ses bras, m’embrassa, m’embrassa, folle de joie de retrouver son gosse si beau et si costaud.

Ma mère me raconta plusieurs fois avec des pleurs de rire et de consternation :  » Mais, madame, c’est le mien, je vous assure ! » Avec ma mère tous les bébés savaient chantonner avant de savoir parler. Le Livre de Poche n° 4987 p 23

Marcel Proust (1871-1922) : Le Temps retrouvé

58087proust.jpgCar il y a dans ce monde où tut s’use, où tout périt, une chose qui tombe en ruine, qui se détruit encore plus complètement, en laissant encore moins de vestiges que la Beauté : c’est le Chagrin. Folio 159, p. 12

Marcel Proust (1871-1922) : Le Temps retrouvé

58087proust.jpg… les femmes qu’on aime plus et qu’on rencontre après des années, n’y a-t-il pas entre elles et vous la mort, tout aussi bien que si elles n’étaient plus de ce monde, puisque le fait que notre amour n’existe plus fait de celles qu’elles étaient alors, ou de celui que nous étions, des morts ? Folio n° 159 p. 12

Anaïs Bazin (1797-1850): Le choléra-morbus à Paris – 1832

Cependant l’épidémie poursuivait sans pitié sa récolte de morts ; et l’on eût dit vraiment qu’il y avait dans la puissance inconnue qui dirigeait ses coups quelque chose d’intelligent et de moqueur, tant elle se montrait prompte à renverser toutes les assertions de la science, à démentir toutes ses prédictions, à nous ôter l’un après l’autre toutes nos espérances, tant elle semblait trouver un malin plaisir à ne pas se laisser comprendre. Ainsi à peine l’avait-on reléguée dans les parties étroites et malsaines de la ville, qu’elle s’établissait aux lieux où l’air trouve le plus d’espace, où les habitations s’étendent le plus à l’aise. On lui livrait la misère ; elle s’emparait aussitôt de l’opulence : on lui abandonnait les corps infirmes et décrépits ; elle se jetait sur la jeunesse et la beauté. Au moins prétendait-on que les enfants n’étaient pas de son domaine, et elle trouvait, dans ces êtres faibles et riants, de la place pour tous ses ravages. Elle confondait les fortunes, elle accouplait les sexes dans la tombe, et levait encore une dîme sur le berceau. Que faire donc avec ce mystérieux, cet insaisissable ennemi, qui était partout et ne se révélait que par des atteintes profondes, qu’on ne pouvait éviter ni prévoir ; capricieux dans le choix de sa proie, mais d’un si constant caprice, qu’on l’eût pris pour une volonté ?Source

Gertrud Kolmar (1894-1943) : Lettres

57322kolmar.jpg… je sais que l’être humain éprouve ce qui arrive à ce chevalier du conte des « Trois plumes ». Comme le petit cheval lui conseille à chaque fois :  » Ne ramasse pas la plume », il laisse où elles sont la première et la deuxième plume qu’il rencontre. Mais à la troisième, il ne résiste plus, met pied à terre et la ramasse malgré l’avertissement du petit cheval. Ainsi devient-il roi.  » Mais s’il n’avait pas ramassé la troisième plume, il en aurait trouvé une quatrième au sommet de la montagne et serait devenu un puissant empereur. » Il est rare que quelqu’un attende la quatrième plume. La plupart des gens n’arrivent même pas à la troisième; il leur faut immédiatement ramasser la première ou au moins la deuxième plume qu’ils aperçoivent, de peur de ne plus en découvrir d’autre s’ils passaient outre. Et très souvent, c’est bien ce qui arrive, et on ne saurait donner à celui qui a laissé par terre la première plume l’espérance certaine de la deuxième, et encore moins des suivantes. p. 150-151

Gertrud Kolmar (1894-1943) : Lettres

57322kolmar.jpgDans son Serpent à plumes, Lawrence dit :  » Et il lui arrivait parfois de se demander si l’Amérique n’était pas le grand continent de la mort, en face d’une Europe, d’une Asie et même d’une Afrique positives. N’était-elle pas le grand chaudron où les hommes des divers continents positifs étaient refondus, non en vue d’une nouvelle création, mais dans l’uniformité de la mort ? N’était-elle pas le grand continent de l’anéantissement et tous ses peuples, les exécuteurs de la destruction mystique ? Le continent qui détruisait ce que les autres continents avaient bâti. Le continent dont l’esprit luttait à seuls fin de crever les yeux dans le visage de Dieu ? Etait-ce ça, l’Amérique ?  » 24.11.1940 p. 142

Jan Karski (1914-2000) : Mon témoignage devant le monde

58080karski.gifPrès de la frontière, je devais entrer en contact avec quelqu’un qui faisait passer clandestinement des gens du côté soviétique. Il s’avéra que c’était un Juif et faisait partie d’une organisation juive (8) qui travaillait avec nous et dont la tâche essentielle était de faire passer les réfugiés juifs des territoires sous occupation nazie en territoire sous occupation soviétique. La terreur de masse avait déjà débuté dans le Generalgouvernement à l’encontre des Juifs. Je franchirais la frontière avec un groupe de Juifs… Points n° p 2543 p. 145 (8) Ce groupe de passeurs juifs entre les deux zones d’occupation était très probablement lié à la structure de résistance du « Korpus Bezpieczemtsva » ou KB (Corps de sécurité), engagé en octobre-novembre 1939 dans diverse initiatives tendant à organiser une résistance juive encadrée par d’anciens officiers d’origine juive de l’armée polonaise. Mal connu, farouchement combattu et dénigré par les bundistes en particulier, ce sera le ZZW (Union militaire juive), dont le docteur Marian Apfelbaum s’est fait en France l’historien.

Jan Karski (1914-2000) : Mon témoignage devant le monde

58080karski.gif- En deux mois d’occupation, les Allemands, ont déjà transféré plus de quatre cent mille Polonais de la province incorporée dans le Generalgourvernement. (…) Les gens de la classe moyenne qui ne se sont pas fait enregistrer comme Allemands sont emprisonnés sans avertissement. Les paysans, les ouvriers et les artisans reçoivent l’ordre d’évacuer leur maison dans les deux heure. Ils sont autorisés à emporter cinq kilos de vivres et de vêtements. Leur maison doit être nettoyée et mise en ordre pour accueillir leurs successeurs allemands, à qui ils doivent laisser tous leurs biens. Souvent la police oblige les enfants à faire des bouquets de fleurs et à les placer sur les tables et les seuls des maisons comme symboles de bienvenus pour l’arrivée des colons allemands. Points n° p 2543 p. 133

Jan Karski (1914-2000) : Mon témoignage devant le monde

58080karski.gifLorsqu’il devint patent que nous ne parviendrions pas à contenir l’offensive allemande, l’ordre de retraite fut donné et notre batterie de réserve devait quitter la ville d’Oswiecim en formation de combat, en emmenant nos canons, nos vivres et nos munitions en direction de Cracovie. Tandis que nous avancions dans les rues d’Oswiecim pour gagner la gare, à notre profonde stupeur des habitants se mirent à tirer sur nous de certaines fenêtres. C’étaient des citoyens polonais descendants d’Allemands, la « cinquième » colonne nazie, qui annonçaient de cette façon leur nouvelle allégeance. La plupart de nos hommes voulurent immédiatement riposter et tirer sur toute maison suspecte, mais il en furent empêchés par les officiers supérieurs. De telles actions auraient désorganisé notre marche et c’était précisément cela que recherchait cette cinquième colonne. Par ailleurs, dans ces maisons habitaient également des Polonais, loyaux et patriotes… Points n° p 2543 p. 500

Jan Karski (1914-2000) : Mon témoignage devant le monde

58080karski.gifJe me souvins d’une rumeur qui avait cours deux ou trois jours auparavant, selon laquelle le gouvernement avait voulu ordonner la mobilisation générale, devant la menace allemande, et en avait été empêché, par les mises en garde des représentants de la France et de l’Angleterre. Il ne fallait pas « provoquer » Hitler. A cette époque, l’Europe croyait encore à l’apaisement et à la réconciliation. L’autorisation de mobiliser « secrètement » fut finalement accordée à contrecœur au gouvernement polonais, au vu des préparatifs, d’attaque effectués presque ouvertement par les Allemands (4) Points n° p 2543 p. 36 (4) Par ses fonctions au ministère polonais des Affaire étrangères, c’est aux meilleures sources et non à de simples « rumeurs » que l’auteur puisait alors son information sur les pressions exercées sur Varsovie, plus particulièrement par l’ambassadeur de France Léon Noël, pour que soit rapporté cet ordre secret de mobilisation du 23 août 1939. Il concernait l’aviation, la défense aérienne et ordonnait la mise en alerte de combat, dans six circonscriptions, de 18 divisions, 7 brigades de cavalerie et 2 divisions et demie de réserve. La signature, le 25 août, du traité d’assistance mutuelle par lequel Londres renforçait sa garantie à la Pologne fit avorter – on le sait aujourd’hui – les manœuvres du ministre Georges Bonnet pour  » annuler  » le traité de 1921 liant la France à la Pologne. Cependant, Paris et Londres, cherchèrent encore à  » sauver la paix à tout prix » par des solutions successives proposées à une négociation directe entre Berlin et Varsovie sur Dantzig et son  » corridor ». Le 29 août, dans l’après-midi, informé que la Pologne se voyait contrainte d’ordonner la mobilisation générale, l’ambassadeur Léon Noël, en accord avec son collègue britannique, demanda aussitôt que la décision fût retardée  » d’un temps suffisant pour ne pas faire ainsi le jeu de la politique hitlérienne  » et que le mot  » mobilisation » fût évité : il s’acharna à obtenir gain de cause après du ministre des Affaires étrangères Jozef Beck. La Pologne perdit ainsi ving-quatre heures. Le 30 août, le président Moscicki déclara officiellement la mobilisation générale. On s’étonne donc de lire, dans la somme du grand Jean-Baptiste Duroselle, La Politique étrangère de la France. L’abîme 1939-1945 (Paris Seuil, 1990, p. 25) au paragraphe  » Peu-on sauver la Pologne ?  » cette assertion :  » Par suite des illusions du colonel Jozef Beck, la mobilisation générale n’avait commencé que le 30 août. De formidables bombardements la désorganisèrent complètement. ». Points n° p 2543 p. 500

Virginia Woolf (1862-1941) : préface à Orgueil et Préjugés, de Jane Austen.

58085orgueilprejuges.jpgS’il n’avait tenu qu’à Miss Cassandra Austen, il ne nous resterait probablement rien de Jane Austen, que ses romans. Ce n’est qu’à sa sœur ainée qu’elle écrivait librement ; c’est à elle seule qu’elle confia ses espoirs, et, si l’on en croit la rumeur, l’unique grande désillusion de sa vie ; mais, à mesure que Miss Cassandra Austen vieillissait, la gloire grandissante de sa sœur faisait naître en elle des inquiétudes : un jour arriverait où des inconnus viendraient fureter, où des érudits feraient des conjectures ; aussi brûla-t-elle, ce qui lui coûta beaucoup, toutes les lettres qui auraient pu satisfaire leur curiosité, et n’épargnant que ce qu’elle jugea banal pour être de quelque intérêt. 10/18 n° 1505 p. 5

Léon Nikolaïevitch Tolstoï (1828-1910) : Le Diable – 1889

58084diabletolstoi.jpgAprès le déjeuner, tout le monde se dispersa. Selon un ordre bien établi, Eugène, alla dans son cabinet de travail. Au lieu de lire ou d’écrire des lettres, il s’assit et se mit à réfléchir en fumant une cigarette après l’autre. Il était terriblement surpris et peiné que ce soit manifesté en lui de façon inattendue ce mauvais sentiment dont il se croyait libéré depuis son mariage. Jamais depuis il n’avait éprouvé ce sentiment, ni pour elle, cette femme qu’il avait connue, ni pour une autre, la sienne exceptée. Il s’était maintes fois réjoui en lui-même de cette libération, et voilà que brusquement un hasard, un hasard si insignifiant, semblait-il, lui révélait soudain qu’il n’était pas libre. Ce qui le tourmentait à présent ce n’était pas qu’il était à nouveau asservi à ce sentiment, qu’il désirait cette femme - cela, il ne voulait même pas y penser -, c’était que ce sentiment vivait en lui et qu’il lui faillait être sur ses gardes face à lui. Qu’il réussirait à vaincre ce sentiment, il n’y avait en lui-même pas le moindre doute. Folio 5170 p. 50

Jean Chalon (1935 – : Chère George Sand

58085cheregeorgesand.jpgAu dix-neuvième siècle, en Italie, les épouses pouvaient avoir, sans que cela porte atteinte à leur réputation, un sigisbée, c’est-à-dire un chevalier servant, un confident. A la même époque, cette notion de sigisbée est inconnue en Gascogne, comme dans le Berry. Le Livre de poche n° 9518 p. 109

Jean Chalon (1935 – : Chère George Sand

58085cheregeorgesand.jpg... en amitié, elle est comblée par Mary Gillibrand, Isabelle Clifford, Fanelly de Brissac, Anna Vié et Helena de Narbonne, à qui elle doit le surnom de « Calepin » parce qu’elle a toujours un carnet en poche sur lequel elle prend inlassablement des notes, s’affirmant par ce perpétuel besoin d’écrire qu’elle est écrivain-né. Le Livre de poche n° 9518 p. 63

Chuck Palahniuk / David Fincher : Fight Club – 1999

Si vous lisez ceci, alors cet avertissement est pour vous. Chaque mot que vous lisez de ce texte inutile est une autre seconde perdue dans votre vie. N’avez-vous rien d’autre à faire ? Votre vie est-elle si vide que, honnêtement, vous ne puissiez penser à une meilleure manière de passer ces moments ? Ou êtes-vous si impressionné par l’autorité que vous donnez votre respect et vouez votre foi à tous ceux qui s’en réclament ? Lisez-vous tout ce que vous êtes supposés lire ? Pensez-vous tout ce que vous êtes supposés penser ? Achetez-vous ce que l’on vous dit d’acheter ? Sortez de votre appartement. Allez à la rencontre du sexe opposé. Arrêtez le shopping excessif et la masturbation. Quittez votre travail. Commencez à vous battre. Prouvez que vous êtes en vie. Si vous ne revendiquez pas votre humanité, vous deviendrez une statistique. Vous êtes prévenu…

Delphin Enjolras (1857-1945) : La Lettre

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Lorsqu’on est aussi éloigné que nous le sommes, celui qui écrit une lettre encourt facilement le danger d’arriver mal à propos chez son correspondant, soit que celui-ci ait déjà une autre visite, soit qu’il veuille rester tout seul à ce moment-là ou qu’on le dérange justement à l’heure de son  » grand ménage intérieur… ».

Gertrud Kolmar (1894-1943) – Lettres – p. 135

Christine Le Quellec Cottier : Blaise Cendrars.

58030cendrars.jpg… le jeune Freddy (…) a sans doute croisé des femmes défigurées, jeunes et moins jeunes : le rasoir est à l’époque l’arme favorite des camorristes qui s’en servent pour marquer une femme qui a trahi, pour impressionner un suspect, ou encore pour signer leur appartenance à l’organisation. La technique est très précise, la lame traverse la moitié du visage sans toucher aux organes, selon les camorristes. En fonction du type de vengeance retenu, on utilise une lame simple, on la trempe dans l’encre pour laisser une trace plus visible, ou encore on se sert d’une lame ébréchée pour que la blessure soit à tout jamais irrégulière ou mal cicatrisé… Certains affirme que dans les bas quartiers de la ville (de Naples) on rencontre à chaque pas des femmes défigurées de la sorte. Dès lors, Marthe et Ponpon les deux défigurées de l’œuvre du poète, ne reflètent-elles pas la violence perçue à l’âge de sept ans, près du tombeau de Virgile, non loin de la porte des Enfers ? p. 13-14

Anatole France (1844-1924)

Lu : La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, si touchante, si voluptueuse, si chaste, si noble, si familière, si folle, si sage, qu’on l’aime de toute son âme, et qu’on n’est jamais tenté de lui être infidèle.

Jacques de Bourbon-Busset (1912-2001) : Journal III

58312busset.jpg3 janvier 1967 : Pousser la concision à l’extrême, mais s’arrêter juste à temps, à la frontière de l’obscur. Le difficile est que ce qui est déjà obscur pour les uns est encore clair pour les autres. La lecture à plusieurs niveaux, comme on dit aujourd’hui, est une solution aristocratique et déplaisante. Il convient de chercher la transparence et, au lieu d’éblouir d’un soleil noir la masse, d’obliger les beaux esprits à découvrir ce que recouvrent des eaux claires et profondes. Folio n° 127, p. 41

Ismaïl Kadaré (1936- : Le Général de l’armée – 1966 morte.

58134kadar.jpg(Le général) évoqua les belles traditions dont s’enorgueillit l’humanité quant aux sépultures des combattants. Il cita les Grecs et les Troyens qui concluaient des trêves pour inhumer solennellement leurs morts. Le général se montrait très enthousiasmé par l’objet de sa mission. C’était une pieuse et lourde tâche dont il s’acquitterait avec succès. Des milliers de mères attendaient leurs fils. Il y avait plus de vingt ans qu’elles se morfondaient. Il est vrai que leur attente avait tant soit peu changé de nature. Ce n’était plus des fils vivants qu’elles attendaient aujourd’hui. Mais ne peut-on pas aussi bien attendre des morts ! C’était celui qui porterait à ces mères éplorées les cendres de leurs enfants que de sots généraux n’avaient pas su conduire habilement au combat. Il en était fier et il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour ne pas les décevoir. Le Livre de Poche n° 3524 p. 17

Gertrud Kolmar (1894-1943) : Lettres

57322kolmar.jpg » Mon amie, mon enfant, comme il est beau / Que nous ne nous comprenions pas.  » a écrit Max Brod dans un poème. Les hommes d’aujourd’hui, ou je préférerais dire les hommes du moment, se comprennent très peu les uns les autres, sans que pourtant cela soit beau. Leurs soucis, le plus souvent bien réels, mais aussi purement fictifs quelquefois, ont développé en eux une sorte d’égoïsme du sentiment qui produit l’effet suivant : ils se mettent aussitôt à parler à autrui de leurs malheurs ou même simplement de leurs expériences, et des malheurs et des expériences de leurs parents et amis – et l’autre fait sans doute exactement pareil, il attend seulement que monsieur X, ait fini son rapport sur son fils de Rio pour confirmer, compléter ou contredire les informations qu’il vient d’entendre en exposant les infortunes d’une nièce qui vit également à Rio, et se mettre ensuite immédiatement à parler pendant des heures de sa sœur de Buenos Aires. J’ai parfois carrément l’impression d’ « incontinence » – les gens ne peuvent garder leurs affaires pour eux. Tu me pardonneras ce mot pas très joli, mais je crois que c’est celui qui convient. J’ai peut-être le cœur dur, je reproche aux gens de tâcher de se soulager les uns les autres en se faisait part de leur fardeau… Si seulement c’était ça – mais ça ne l’est pas. Chacun marche si courbé sur son propre ballot qu’il voit à peine celui d’autrui et pense encore moins à le lui ôter – il y a deux personnes qui sont en train de parler et pas une qui écoute. Je reconnais qu’il m’arrive aussi de « hurler avec les loups », simplement parce qu’il est tout à fait inutile de prendre un autre ton. Après coup, je suis toujours accablée et heureuse de me retrouver seule. 22.II.1940 p. 107

Gertrud Kolmar (1894-1943) : Lettres

57322kolmar.jpgje ne suis pas du tout étonnée que les lettres du garçon te « dépaysent » quelque peu, au sens le plus littéral du mot. Il n’en saurait être autrement. A chaque fois qu’il m’est arrivé par ex. d’écrire une lettre en français, j’étais presque toujours surprise, en me relisant après coup, de découvrir dans ma façon d’écrire quelque chose de fluide, de léger, oui, une élégance que je ne me connaissais pas. Et plus la chose n’avait réussi, plus j’avais l’impression d’être comme insolite à moi-même. Si mes propres phrases dans une langue étrangère me semblaient déjà à ce point curieuses, il n’est pas étonnant que tu décèles encore moins, dans les lettres du garçon, ce qui lui appartient en propre. On pourrait encore ajouter toutes sortes de choses capitales sur le sujet, mais j’arrête là : je ne vais pas me mettre à écrire un traité « linguistique ». 15.I.1940 p. 91

Daniel Ridgway Knight (1839-1924) : A Pensive Moment

57242apensivemoment.jpg

En plus…

Malgré tout je reste longtemps à la fenêtre, à considérer la grande grille en fer qui est fermée, comme si j’espérais obtenir de cette contemplation un reflet de mes obstacles intérieurs à une vie complète et libre.
Anaïs Nin (1903-1977) – Journal, tome I, 1931-1934, Le Livre de Poche p. 17

Gertrud Kolmar (1894-1943) : Lettres

57322kolmar.jpgAujourd’hui je sais, même sans les critiques, ce que je vaux en tant que poétesse, ce dont je suis capable et de dont je ne suis pas capable… Je ne comprends absolument pas Néron, qui se faisait applaudir dans l’arène par le peuple tout entier. A sa place, j’aurais considéré mes poèmes comme des dons précieux, à ne dispenser qu’à des élus… 16.10.1938, à Hilde p. 45

Gertrud Kolmar (1894-1943) : Lettres

57322kolmar.jpgJ’apprends la cuisine comme toi ton anglais et ton espagnol, sans savoir non plus si je mettrai jamais à profit mes connaissances. Mais outre que la compétence n’a jamais nui à personne, le simple sentiment de la posséder est à lui seul un vrai réconfort. Quand j’ai moi-même commencé à apprendre les langues, je ne me doutais évidemment pas qu’elles seraient un jour un « atout ». Pourtant, si je me trouve aujourd’hui dans de meilleures dispositions spirituelles que bien des gens dont la situation n’est par ailleurs plus mauvaise que la mienne, je le dois sans doute en partie à la conscience et à l’assurance de pouvoir me faire comprendre où que j’aille, immédiatement ou du moins assez vite. Naturellement, comme je l’ai dit, ce n’est pas seulement cette conscience qui me tient debout… 16-10-1938 à Hilde, p. 43

Henri de Montherlant (1896-1972)

Le phénomène le plus important du XXe siècle est la toute-puissance de la propagande, qui aboutit à discréditer le jugement de l’homme, ou si vous voulez à discréditer l’homme en tant qu’être pensant. Aujourd’hui, l’organisation de la propagande est d’une telle puissance – internationale – et d’une telle habilité, que, partout dans le monde, l’homme, même lorsqu’il a une certaine valeur, n’est plus guère capable d’y résister, et cela dans tous les domaines. Le monde d’aujourd’hui est gouverné par le snobisme social, le snobisme politique, le snobisme intellectuel, le snobisme religieux, le snobisme artistique, le snobisme économique. J’entends par snobisme la conduite de celui qui adopte une certaine opinion, simplement parce qu’on lui a dit que c’était elle qu’il était convenable d’avoir. Il substitue cette opinion à la mode soit à son absence d’opinion, soit à une opinion toute contraire qu’il avait quand il réfléchissait personnellement. Le snobisme des classes populaires égale et dépasse celui des  » élites ». Montherlant, de Henri Perruchot Pour une bibliothèque idéale, p. 211

Alexandre Dumas (1802-1870): Le Chevalier de Sainte-Hermine

58161dumas.jpgJ’avais dans mon étude de la route de Varennes, raconté qu’au somment de la montée, d’où l’on découvre entièrement la ville, le roi devait trouver une escorte. Les dragons ne s’y trouvant pas, un des gardes du corps qui servaient d’escorte au roi descendit et alla frapper à la porte d’une maison, à travers les contrevents de laquelle transparaissait de la lumière.
La reine et M. de Valory s’avancèrent de leur côté vers cette maison dont la porte se referma à leur approche. Le garde du corps s’avance, la repousse et se trouve en face d’un homme d’une cinquantaine d’années, vêtu d’une robe de chambre, ayant les jambes nues et les pieds dans des pantoufles.
C’était un gentilhomme (M. de Préfontaines) en sa qualité de major et de chevalier de Saint-Louis, avait deux fois prêté serment de fidélité au roi. Mais, en cette circonstance, le cœur lui faillit ; reconnaissant la reine, il refusa d’abord de répondre, puis répondit en balbutiant, puis enfin referma la porte, laissant les augustes voyageurs aussi embarrassés qu’auparavant. Citation d’Alexandre Dumas, par Claude Shopp, Le Testament perdu, p. 45

Alexandre Dumas (1802-1870): Le Chevalier de Sainte-Hermine

58161dumas.jpgJ’ai vu entre les mains de M. de Montholon l’original du billet annonçant à Hudson Law la mort de Napoléon.
Il était en trois endroits corrigé de la main de Napolèon lui-même.
Ainsi Napoléon en mourant s’arrangeait une mort napoléonienne. Alexandre Dumas, cité par Claude Schopp, dans le Testament perdu p. 39

 

Alexandre Dumas (1802-1870): Le Chevalier de Sainte-Hermine

58161dumas.jpgSi l’on trouve parfois sans chercher, c’est parce qu’on a longtemps cherché sans trouver. Claude Shopp, Le Testament perdu, p. 14

Alexandre Dumas (1802-1870): Le Chevalier de Sainte-Hermine

58161dumas.jpg… d’autant que ledit (Claude) Schopp avait la réputation de tout connaître de Dumas (il se murmure qu’il aurait rassemblé au long de sa carrière de chercheur assez de documents consacrés à son héros pour disposer dans ses archives de plus de dix milles fiches biographiques, chacune d’elle correspondant à une journée de la vie de l’écrivain depuis ses vingt ans jusqu’à sa mort.) Jean-Pierre Sicre, Note de l’éditeur p. 11

Franz Kafka (1883-1924) : Journal – 5 février 1912

57301fkafka.jpgHier, à l’usine. Les jeunes filles dans leurs vêtements défaits et sales d’une saleté en soit insupportable, avec leurs cheveux emmêlés comme si elles venaient de se réveiller, leur expression figée sur le visage par le bruit incessant des transmissions et celui, isolé, des machines qui marchent certes automatiquement, mais s’arrêtent quand on ne le prévoit pas, ces jeunes filles ne sont pas des êtres humains ; on ne les salue pas, on ne s’excuse pas quand on les bouscule, si on leur donne un petit travail à faire, elles l’exécutent, mais se hâtent de revenir à leur machine, on leur montre d’un signe de tête l’endroit où elles doivent engrener, elles sont là, en jupon, livrées à la plus dérisoire des puissances, et n’ont même pas assez de sens rassis pour reconnaître cette puissance et se la concilier par des regards et des courbettes. Mais qu’il soit six heures, qu’elles se crient, qu’elles ôtent le mouchoir qui couvre leur cou et leur cheveux, qu’elles se débarrassent de la poussière avec une brosse qui fait le tour de la salle et est réclamée par les impatientes, qu’elles arrivent tant bien que mal à se nettoyer les mains, – et ce sont tout de même des femmes, elles peuvent rire en dépit de leur pâleur et de leurs mauvaises dents, elles secouent leur corps engourdi, on ne peut plus les bousculer, les dévisager ou ne plus les voir, on se presse contre les caisses graisseuses pour leur laisser le chemin libre, on garde le chapeau à la main quand elles vous disent bonsoir et si l’une d’elle vous aide à mettre votre pardessus, on ne sait pas comment il faut prendre son geste. Le Livre de Poche Biblio 3001 p. 219

Aristide Corre (1895-1942)

58169dagore.jpgTant que je ne connaîtrai ni le goût de sa bouche, ni l’électricité de sa peau contre la mienne (tant que je ne saurai pas) si l’odeur de sa chair agira sur moi comme un aphrodisiaque... Journal, 9 février 1940, p. 603

Panaït Istrati ( 1884-1935) : Pour atteindre la France.

57289istratipanate.jpgPour atteindre la France – qui a toujours été regardée par l’Orient comme une amante idéale – nombre de vagabonds rêveurs se sont éperdument lancés à son appel, bien plus qu’à sa conquête, mais la plupart, les meilleurs peut-être, ont laissé leurs os avant de l’avoir connue, ou après, ce qui revient au même. Car il n’y a de beauté que l’illusion. Et qu’on atteigne ou non le but de sa course, l’amertume a presque le même goût dans es deux cas. Les fins se valent toujours. Ce qui importe, pour l’homme aux désirs démesurés, c’est la lutte, la bataille qu’il livre à son sort pendant que ces désirs persistent : voilà toute la vie, la vie du rêveur. Hatier Poche n° 35 p. 77

Lucie Wisperheim : Les non-dits de Régine Desforges

58172desforges.jpgJe ne supporte pas le regard de certains hommes, il vous salit. Le Livre de Poche n° 14635 p. 30

Lucie Wisperheim : Les non-dits de Régine Desforges

58172desforges.jpg… j’ai été longtemps une grande menteuse ! Puis, soudain, j’ai pris le parti de la vérité, qui est l’art suprême du mensonge. Essayer ! Quand vous dites une vérité forte, finalement, personne ne vous croit. Le Livre de Poche n° 14635 p. 13

Pauline Darley : Louise : La papesse

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Pandora

Et que je n’oublie pas d’évoquer, à cette heure solennelle où j’écris l’aventure qui a le plus amusé mes amis, l’objet principal que j’ai sans le vouloir sauvé du désastre : le minuscule livre intitulé Ombre, de Gennevray, traduction roumaine parue dans une de ces colletions populaires qui ont nourri et instruit une génération entière, et dont l’éditeur, un juif sans nom dans le monde, a fait faillite et s’est tué.

Panaït Istrati (1884-1935), Pour atteindre la France, Hatier Poche n° 35 p. 100

Joyann Georg Meyer von Bremen (1813-1886) : Das Lesende Mädchen

56298bremenjohanngeorgmeyervondaslesendemadchen1.jpg

En fait, je suis furieuse que la journée, ait si peu d’heures, et que je ne puisse tout lire ! Quand je pense à tous ces auteurs étrangers, italiens, espagnols, anglais, américains, sud-américains, que je n’aurai pas le temps d’approcher, cela me frustre terriblement! Les auteurs français, il m’est facile de les trier, car je les connais davantage. Même en ayant droit à plusieurs vies, je crois que je n’en viendrais pas à bout ! Lucie Wisperheim : Les non-dits de Régine Desforges, Le Livre de Poche n° 14635 p. 52

André Soubiran (1910-1999) : Journal d’une femme en blanc – 1963

57301andresoubiranadulte.jpgQue peut faire le médecin de campagne, à la fois pédiatre et gynécologue, devant l’organisation de la vie rurale ? A la femme incombe les soins du ménage, des enfants, du petit bétail et d’une bonne partie des travaux des champs, le tout dans des conditions demeurées le plus souvent primitives. Devenue mère, comment allaiterait-elle à des heures fixes, alors qu’elle ne peut abandonner le travail qu’elle est en train d’accomplir au loin ? Aussi, je ne m’étonne plus des infections digestives pour lesquelles on m’appelle. Lait abandonné aux bataillons de mouches pendant des heures, biberons mal dosés, mal nettoyés, suffisent à expliquer les diarrhées graves pour lesquelles les parents, soudain affolés, me réclament avec véhémence  » des piqûres « , tout en laissant l’enfant sucer une vieille tétine emmanchée sur un bouchon ou bien un bonbon enveloppé dans un bout de linge, cela afin d’empêcher leur rejeton, croient-ils, de se faire une hernie en criant.
Tout de suite promue gynécologue par la renommée, j’ai examiné chez elles ou j’ai vu venir à ma consultation des femmes qui disaient  » avoir une maladie dans le ventre ». Plus encore que pour mes patientes de Gennevilliers, ce sont leurs servitudes de femelles qui les accablent, qui les rongent. Même enceintes, ces femmes ne connaissent aucun repos et ne se couchent qu’aux premières douleurs. Les relevailles sont hâtives, car le travail presse. A quarante ans, ces grandes créatures d’apparence robuste déballent, sur la table d’examen, des ventres effondrés, des décalcifications, des vergetures, des varices, des métrites, des ptoses, et toutes m’expriment le vœu de voir venir la ménaupose, qui les délivrera enfin des risques venu d’un mari trop  » venimeux », – comme je ne comprenais pas le mot « venimeux », l’une m’a expliqué :  » Ben quoi ! n mari trop faisseu d’nourrice. L’mien, y m’a déjà fabriqué sept enfants ». Le Livre de Poche n° 3712 p. 421

Erich Maria Remarque (1898-1972) : A l’ouest rien de nouveau

57178lireremarque.jpgLe corned-beff d’en face est renommé sur tout le front. Il est même parfois la raison principale d’une de ces sorties que nous effectuons à l’improviste, car notre nourriture est en général mauvaise ; nous avons continuellement faim.

Au total, nous avons ramassé cinq boites. Comparés à nous, qui sommes affamés avec notre marmelade de raves, les gens de là-bas sont magnifiquement nourrit ; chez eux, la viande traîne partout ; on n’a qu’à tendre la main pour en avoir. En outre, Haie s’est emparé d’un de ces pains blancs, tout ronds, qu’ont les Français et il l’a planté derrière son ceinturon, comme une pelle. Un des bouts est un peu ensanglanté, mais il est facile de le couper.

C’est un bonheur que maintenant nous ayons de quoi bien manger ; nous aurons encore besoin de nos forces. Manger à sa faim est aussi utile qu’un bon abri ; c’est pourquoi la nourriture nous préoccupe tant ; effectivement, elle peut nous sauver la vie. Le Livre de Poche n° 197 p. 92

Ernst Jünger (1895-1998) : Jardins et routes

57268junger.jpgTravaillé pour la première fois dans la nouvelle maison. La Reine des serpents, – peut-être trouverai-je un titre meilleur, de peur que l’on ne nous tienne pour des Ophites. Il me semble, lorsque je relis cet écrit en pensée, qu’il ne produit pas sur moi son plein effet. Il arrive qu’une phrase brève me paraisse inachevée, bien que je sache que la concision a souvent une force efficace. La phrase, telle que l’écrit l’auteur, se distingue de la phrase telle que son lecteur la lit. Lorsque je rencontre des notes ou des lettres dont je ne sais plus que ma plume les avait tracées, la prose m’en paraît meilleure, plus vigoureuse. Kirchhorst, 3 avril 1939, Le Livre de Poche biblio n° 3006 p. 23

Anne Frank

Anne Frank dans A retenir 57-265-annefrankarbre--150x117Nous avons regardé tous les deux le bleu magnifique du ciel, le marronnier dénudé aux branches duquel scintillaient de petites gouttes, les mouettes et d’autres oiseaux, qui semblaient d’argent dans le soleil et tout cela nous émouvait et nous saisissait tous deux à tel point que nous ne pouvions plus parler. 23 février 1944 Le Livre de Poche n° 287 p. 225

Avril est en effet radieux, ni trop chaud ni trop froid, avec de temps à autre une petite giboulée. Notre marronnier est déjà passablement vert et on voit même poindre çà et là de petites grappes de fleurs. 18 avril 1944 Le Livre de Poche n° 287 p. 309

Notre marronnier est totalement en fleur ; de haut en bas, il est bourré de feuilles et beaucoup plus beau que l’an dernier. 13 mai 1944 Le Livre de Poche n° 287 p. 339

Ce marronnier d’Inde, vieux de 170 ans a été déraciné hier par une bourrasque de vent vers 13h 30 !

Michael Baigent / Richard Leigh : Des Templiers aux Francs-maçons

57259maons.jpgRobin des Bois et Petit Jean était l’une des pièces de mai préférées des gitans anglais et écossais de l’époque ; comme les gitans, elle avait été officiellement bannie, le parlement écossais décrétant le 20 juin 1555 que « nul ne doit tenir le rôle de Robin des Bois, Petit Jean, l’abbé de Déraison ou la reine de Mai. »
(..) Pour quelle raison avait-elle été interdite ? En partie, manifestement, parce que le sujet lui-même, la défense d’un légendaire hors-la-loi était considéré comme subversif. (…) Robin des Bois, pendant tout le Moyen Âge en Ecosse et en Angleterre, ne fut qu’accessoirement le hors-la-loi dont parla plus tard l’histoire. Avant tout il était une espèce de lutin qui dérivait de l’antique dieu des celtes et saxon de la fertilité ou de la végétation, « l’Homme vert », tandis que dans le folklore populaire, « Robin des Bois » était un surnom interchangeable avec celui de « Robin vert », « Robin du Bois-vert », « Robin-le-bon-compagnon », le Puck du Songe d’une nuit d’été qui, au solstice, préside à la fertilité, à la sexualité et aux épousailles.

La légende de Robin des Bois offrait en pratique un prétexte commode pour réintroduire les rites de fertilité de l’ancien paganisme au sein d’une Grande-Bretagne nominalement chrétienne. Chaque 1er mai, il y avait un festival d’origine païenne. Les rites étaient joués autour du « mât de mai », symbole traditionnel de la déesse archaïque de la sexualité et de la fertilité. A la Saint-Jean, chaque vierge du village devenait métaphoriquement la reine de Mai. Beaucoup d’entre elle étaient conduites dans la forêt où elles recevaient leur initiation sexuelle d’un adolescent jouant le rôle de Robin des Bois ou Robin-le-bon-compagnon, tandis que le frère Tuck, « l’abbé de Déraison », officiait, « bénissant » les couples réunis en une parodie de noces solennelles. En vertu des ces mises en scènes, les frontières séparant la pantomime du rite de la fertilité s’évanouissaient. Le 1er mai était en réalité une journée d’orgie. Neuf mois plus tard, il produisait, à travers les îles Britanniques, sa moisson annuelle d’enfants. Ce fut ces « fils de Robin » que beaucoup de noms de famille tels Robinson, Robertson trouvèrent origine. J’ai lu n° 8935 p. 151-152.

 

218 : chute de reins

218 : chute de reins dans Femme : Citations 218-chute-de-rein-

La patrie, l’honneur, la liberté, il n’y a rien :
l’univers tourne autour d’une paire de fesses, c’est tout…
Jean-Paul Sartre (1905-1980)

Michael Baigent / Richard Leigh : Des Templiers aux Francs-maçons

57259maons.jpgLes Sinclair n’étaient pas les protecteurs des seuls maçons. Au cours du XVIe siècle, ils s’étaient institués patrons des gitans, qui  » bénéficiaient encore de la faveur et de la protection de la famille Roslin dans le premier quart du XVIIe siècle ». En Ecosse, la législation avait toujours été sévère à leur égard, et sous la Réforme elle le devint plus encore. En 1574, le parlement écossais décréta que tout gitan appréhendé devait être fouetté, marqué au fer rouge à la joue ou à l’oreille, ou bien avoir l’oreille droite coupée. De nouvelles lois, encore plus strictes, furent introduites en 1616. A la fin du XVIIe, les gitans furent déportés en masse vers la Virginie, les Barbades et la Jamaïque. J’ai lu n° 8935 p. 150

Michael Baigent / Richard Leigh : Des Templiers aux Francs-maçons

57259maons.jpgA la fin du XIVe siècle, cent ans avant Colomb, un autre Sinclair s’embarqua dans un exploit encore plus audacieux. Vers 1395, Sir Henry Sinclair, comte ( ou comme on l’appelle parfois « prince ») d’Orkeney, en compagnie de l’explorateur vénitien Antonio Zeno, tenta la traversée de l’Atlantique. Il est certain qu’il atteignit le Groenland, où le frère de Zeno, lui aussi explorateur, affirmait avoir découvert un monastère en 1391 ; des études récentes suggèrent qu’il pourrait même avoir atteint ce que l’on appela plus tard le Nouveau Monde (2). D’après certains témoignages, des éléments troublants indiquent qu’il avait l’intention de se rendre au Mexique (3). Si c’est exact, cela expliquerait pourquoi Cortès, quand il arriva en 1520, fut identifié par les Aztèques non seulement avec le dieu Quetzacoalt, mais aussi avec un jeune homme blond aux yeux bleus qui, dirent-ils, l’avait précédé il y avait bien longtemps. J’ai lu n° 8935 p. 145

3) L’informateur de Sinclair, un pêcheur, affirmait que vingt-six ans plus tôt, il avait fait naufrage sur une île du Nouveau Monde. Au cours de ses longues années de captivité, il fut conduit au sud, où existait une grande civilisation :  » … ils sont plus civilisés vers le sud-ouest, où le climat est plus doux ; ils ont des cités, des temples pour leurs idoles, dans lesquels ils sacrifient des hommes, qu’ils mangent ensuite. Dans ces contrées, ils connaissent l’or et l’argent ». (Major, op.cit., p. 14). Sinclair avait l’intention de se faire accompagner par ce pêcheur pendant le voyage sur l’Atlantique qu’il projetait. Malheureusement, le pêcheur mourut juste avant le départ.

Michael Baigent / Richard Leigh : Des Templiers aux Francs-maçons

57259maons.jpgIl d’autres domaines où il n’existe pas la moindre documentation, où des estimations même grossières sont impossibles. On sait que le Temple possédait une flotte considérable – de navires marchands et de guerre – qui opérait non seulement en Méditerranée, mais aussi sur l’Atlantique. Les comptes rendus médiévaux font au passage de nombreuses allusions aux ports du Temple, aux vaisseaux du Temple, aux ressources navales du Temple. Il y a même des documents où sont apposés la signature et le sceau d’officiers de marine appartenant à l’ordre. Et pourtant, aucune sorte d’information détaillée n’a survécu concernant l’activité maritime des templiers. Il n’existe nulle part la moindre indication sur la force de la flotte, ni sur ce qu’elle devint après que l’ordre eut été supprimé. De même, un rapport anglais de la fin du XIIe siècle parle d’une femme reçue dans le Temple en tant que sœur, et semble impliquer tout à fait clairement l’existence d’une antenne féminine. Mais on n’a jamais trouvé de plus net ou plus précis à ce sujet. Même les informations susceptibles de figurer dans les archives de l’Inquisition ont depuis longtemps disparu, ou ont été volontairement détruites. J’ai Lu n° 8935 p. 86

Michael Baigent / Richard Leigh : Des Templiers aux Francs-maçons

57259maons.jpgAu XIIe et XIIIe siècle, Agen avait été l’un des foyers de l’hérésie cathare ou albigeoise, et des cathares avaient survécu dans la région au moins jusqu’en 1250. Des preuves accablantes montrent que les Templiers avaient été « contaminés », (…) par la pensée cathare, et avaient même donné refuge aux cathares qui fuyaient l’Inquisition*. D’ailleurs l’un des Grands Maîtres les plus influents de l’ordre, Bernard de Blanchefort, était issu d’une très vieille famille cathare. De plus, Agen se trouvait dans le domaine que le Temple possédait en Provence. Entre 1248 et 1250, le Maître de Provence était Roncelin de Fos. Puis, de 1251 à 1253, Roncelin fut Maître d’Angleterre. En 1260, il était reconnu Maître de Provence, et présida en tant que tel jusqu’en 1278. Il est ainsi fort possible que Roncelin ait transplanté certains aspects de l’hérésie cathare de son sol natal en Angleterre. J’ai Lu n° 8935 p. 83

Michael Baigent / Richard Leigh : Des Templiers aux Francs-maçons

57259maons.jpgAu Portugal, les templiers furent blanchis après enquête et modifièrent simplement leur nom, prenant celui de chevaliers du Christ. Ils survécurent sous ce titre jusque bien avant dans le XVIe siècle, leurs explorations maritimes laissant une marque indélébile dans l’histoire. (Vasco de Gama était un chevalier du Christ ; le prince Henri le Navigateur était Grand Maître de l’Ordre. Les vaisseaux des chevaliers du Christ battaient pavillon de la familière croix pattée rouge. Et ce fut sous cette même croix que les trois caravelles de Colomb traversèrent l’Atlantique pour atteindre le Nouveau Monde. Colomb était lui-même marié à la fille d’un ancien Grand Maître de l’ordre, et avait accès aux cartes et aux carnets de bord de son beau-père.) J’ai Lu n° 8935 p. 79

Michael Baigent / Richard Leigh : Des Templiers aux Francs-maçons

57259maons.jpg… le Temple était, à la seule exception de la papauté, la plus importante, la plus puissante, la plus prestigieuse, la plus inébranlable en apparence des institutions de l’époque. Au moment de l’attaque de Philippe, il avait presque deux siècles d’existence et passait pour un des piliers de la chrétienté occidentale. Pour la majorité de ses contemporains, il semblait aussi immuable, aussi durable, aussi éternel que l’église elle-même. Qu’un tel édifice pût être aussi sommairement démoli secouait les fondements sur lesquels reposaient les hypothèses et les certitudes de toute une époque. Ainsi par exemple, dans la Divine Comédie, Dante exprime son émotion et sa compassion pour les  » blancs manteaux  » persécutés. D’ailleurs, la superstition qui tient le vendredi 13 pour un jour de malchance provient, à ce que l’on croit, des rafles lancées par Philippe, le vendredi 13 octobre 1307. J’ai Lu n° 8935 p. 78

Michael Baigent / Richard Leigh : Des Templiers aux Francs-maçons

57259maons.jpgEn fait on peut se demander si le coup de Philippe fut si inattendu qu’il le croyait, et que les historiens le pensèrent plus tard. Des preuves considérables laissent supposer que les templiers reçurent un avertissement. Peu avant l’attaque, le Grand Maître Jacques de Molay fit apporter un grand nombre des livres de l’ordre et les fit brûler. Un chevalier qui se retira du Temple vers cette époque apprit du trésorier qu’il était extrêmement « avisé », car cette crise était imminente. Un édit officiel circula dans toutes les commanderies françaises, soulignant qu’aucune indication ne devait être livrée sur les rites ou rituels de l’ordre.

En tout cas, que les templiers aient été prévenus ou qu’ils aient simplement senti le vent tourner, certaines décisions furent assurément prises. En premier lieu, nombre de chevaliers s’enfuirent, et comme s’ils en avaient eu l’instruction – nulle part il n’est fait mention de templiers français résistant activement aux sénéchaux du roi. En second lieu on dispose de certaines indications relatives à une fuite organisés par un groupe de chevaliers, dont presque tous étaient associés, d’une façon ou d’une autre, avec le trésorier de l’ordre.

Etant donné ces préparatifs flagrants, il n’est pas étonnant que le trésor du Temple ait disparu, ainsi que presque tous les documents et archives. Interrogé par l’Inquisition, un chevalier révéla que le trésor avaient été transféré de la commanderie de Paris peu avant les arrestations. Le même témoin déclara que le Commandeur de France avait lui aussi quitté la capitale avec cinquante chevaux, et embarqué – il n’existe aucune indication de l’endroit où cela eut lieu – avec dix-huit galères, dont on ne revit jamais aucune. Que cela fût vrai ou non, toute la flotte du Temple semble effectivement avoir filé entre les griffes du roi. On ne possède aucun rapport sur la prise éventuelle d’un des vaisseaux de l’ordre – pas seulement à l’époque, mais jusqu’à maintenant. Au contraire, les navires semblent s’être complètement volatilisés, en même temps que ce qu’ils transportaient. J’ai Lu n° 8935 p. 76

Michael Baigent / Richard Leigh : Des Templiers aux Francs-maçons

57259maons.jpgQuand on entrait dans le Temple, on abandonnait véritablement son identité, on se subsumait à l’ordre. L’image rigide et nue du glaive (sur la tombe) était supposée rendre témoignage de la piété et de l’abnégation ascétique qui régnaient au sein de l’ordre. J’ai Lu n° 8935 p. 26

… les templiers possédaient une flotte substantielle qui ne fut jamais découverte par leurs persécuteurs d’Europe. J’ai Lu n° 8935 p. 28

Roger Vercel (1894-1957) : Capitaine Conan

57235vercel.jpgA condition de ne jamais remuer, de s’être empaqueté dans les deux couvertures, d’avoir enfilé, l’une sur l’autre, cinq paires de chaussettes, de s’être calé les reins avec ses souliers, afin de pouvoir les remettre, le moment venu, on est bien !…

Je lis un livre. Toutes les dix pages, j’arrête ma lecture, j’arrache ces dix feuillets, je les tords et j’allume. Cela fait, pendant quelques secondes, une chaleur de four qui tombe tout de suite, mais permet quand même d’arriver au bout des dix pages suivantes. Le Livre de Poche n° 9, p. 9

Léon Nikolaïevitch Tolstoï (1828-1910) : Anna Karénine – 1873-1877

58318karenine1.jpgLa conversation sur le communisme, qu’il avait si légèrement traité, parlant à son frère, le faisait aussi réfléchir. Il ne croyait point à la transformation des conditions économiques, mais il avait toujours senti ce qu’il y avait d’injuste dans l’abondance dont il jouissait, en comparaison de la pauvreté du peuple. Il se promettait, pour agir selon sa conscience, – bien qu’il eût toujours beaucoup travaillé et vécu sans luxe, – de travailler davantage à l’avenir et de vivre encore plus simplement. Et tout cela lui semblait si facile à réaliser que, tout le long de la route, il s’abandonna aux rêves les plus agréables. Et c’est le cœur plein d’espoir d’une vie nouvelle et meilleur en qu’il arriva chez lui à huit heures du soir. Le Livre de Poche n° 636, p. 119

Han Suyin (1917: L’Arbre blessé

58190larbrebless.jpg Chez Troisième Oncle tout est collectionné, retenu et classé, dans une tradition de transmission verbal et écrite, avec un soin pointilleux et érudit. Troisième Oncle est le conteur d’histoires, le barde de la Famille, le récitant des sagas ancestrales, le ressusciteur de cadavres qui les fait revivre en paroles. Mais il est aussi le conservateur précis de lettres dûment étiquetées, de photographies et de fiches. Il est en proie à une véritable frénésie de connaissances exactes sur tous les sujets, et possède une surprenante mémoire. (…) Ce désir de comprendre l’avait conduit à comprendre la Révolution mieux sans doute que ne l’avait fait mon père : lui, le capitaliste, le banquier, non seulement acceptait l’inévitabilité des événements, mais il était convaincu qu’aucune autre réponse n’était possible. « C’est parce que je suis économiste. Ton père a toujours été poète et les mouvements de son cœur sont hauts et nobles. » Les mouvements de l’esprit du Troisième Oncle sont concrets et presque trop consciencieux. Aborder un sujet avec lui, c’est connaître ce sujet depuis sa naissance, même si elle se place à l’époque paléolithique, jusqu’aux temps présents.

Combien ce nourrissant, bénéfique Grand Fleuve de mots, interrogeant, pesant, philosophant, cherchant à connaître, répandait de consolation et comme il contribua à guérir les très profondes blessures faites à ma sensibilité par le silence taciturne de mon père, Troisième Oncle ne le saura jamais. Et quand, à la fin, il me donna toutes les lettres qu’en quarante ans il avait reçues de mon père, par ce geste éloquent et final, il acceptait l’idée que nous ne nous reverrions peut-être plus, car il avait soixante-seize ans et ne voulait pas quitter ce monde en laissant une tâche inachevée. Je continuerais l’enquête, oralement, et garderais ainsi en vie l’Histoire de notre époque, fût-elle restreinte à une seule famille, la nôtre. Et cela était bien : c’est la seule immortalité tangible que l’homme puisse réaliser, un prolongement de notre existence terrestre, accompli par un acte, une pensée, un dessein profitables à tous. Une continuité. Le Livre de Poche n° 3307 p. 110-111

57-200

Lu : « La tête de Jeanne Forgues, épouse Loubatière, 4 septembre 1867. » Cette petite note accompagnait un crâne emballé dans un chapeau haut-de-forme, trouvé à Agen le 16 juin. Il fut découvert dans une cloison au cours de la démolition d’une cheminée.

58184juliengreen.jpgNote de lecture : Je voudrais écrire pour celui qui est seul. Julien Green (1900-1998) : Journal 1935-1939 Le Livre de Poche n° 3704 p. 252

J’ai connu plusieurs écrivains qui se croyaient des géants parce qu’ils vivaient au pays des nains. Quoi que nous en ayons, il faut, si nous voulons savoir ce que nous valons vraiment, nous reporter en arrière et nous comparer à ce qu’il y a de meilleur. Entre vivants, les jugements que nous portons les uns sur les autres sont suspects. A tous les écrivains qui se croient quelque chose, je conseille une courte promenade le long des quais ; qu’ils jettent un coup d’œil dans les boîtes des bouquinistes, ils verront ce que vaut leur petite gloire. Julien Green (1900-1998) : Journal 1935-1939Le Livre de Poche n° 3704 p. 261

Opinion : Les radios et les télés fonctionnent à plein sur un non-événement : la coupe du monde foot et ses petits incidents collatéraux. A côté de ça le sort de millions d’africains ne s’améliore pas. Quand au Golf du Mexique ?

Pierre Jakez Hélias (1914-1995) : Le Cheval d’orgueil – 1975

57162chevalorgueil.jpgCependant, mon père put fréquenter l’école communale de Plozévet jusqu’à l’âge de onze ans. Le sabotier aurait voulu que tous ses enfants eussent de l’instruction. Lui-même lisait dans les livres et c’était assez rare, à l’époque, pour un homme de sa condition. Il lisait en breton et en français, de préférence à haute voix. Quelqu’un m’a dit l’avoir entendu déclamer dans son champ un livre à la main, en guise de récréation. Moi, je l’ai vu manier mes livres de classe comme un prêtre les évangiles. Un tel homme, ne pouvait qu’ambitionner de l’instruction pour ses enfants. Terre humaine/Pocket n° 3000 p. 15-16

Hermann Rauschaing (1887-1982) : Hitler m’a dit – 1939

Je fais établir un fichier complet de toutes les personnalités influentes dans tous les pays. Ces fiches contiendront les seuls renseignements qui comptent. Celui-ci accepte-t-il de l’argent ? Peut-on l’acheter d’une autre manière? Est-il vaniteux? Est-il homosexuel? Il faut donner beaucoup d’attention à cette dernière catégorie car on peut s’attacher ces gens-là par des liens indissolubles. Cet autre a-t-il quelque chose à cacher dans son passé? Est-il accessible au chantage? A-t-il des dispositions ou manies particulières : sports, marottes ou spleen? Aime-t-il les voyages? C’est avec cela que je fais la vraie politique, que je gagne des gens à ma cause, que je les force à travailler pour moi, que j’assure ma pénétration et mon influence dans chaque pays.

Colette (1873-1954) : Enceinte

Insidieusement, sans hâte, la béatitude des femelles pleines m’envahissait. Je n’étais plus tributaire d’aucun malaise, d’aucun malheur. Euphorie, ronronnement, de quel nom, le scientifique ou le familier, nommer cette préservation? Il faut bien qu’elle m’ait comblée puisque je ne l’oublie pas… On se lasse de taire ce qu’on n’a jamais dit, en l’espèce, l’état d’orgueil, de banale magnificence que je goûtais à préparer mon fruit… Chaque soir je disais un peu adieu à l’un des bons temps de ma vie. Je savais bien que je le regretterais. Mais l’allégresse, le ronronnement, l’euphorie submergeaient tout, et sur moi régnaient la douce bestialité, la nonchalance dont me chargeaient mon poids accru et les sourds appels de la créature que je formais.Sixième, septième mois… Premières fraises, premières roses. Puis-je appeler ma grossesse autrement qu’une longue fête? On oublie les affres du terme, on n’oublie pas une longue fête unique: je n’en ai rien oublié. Je me souviens surtout que le sommeil, à des heures capricieuses, s’emparait de moi et que j’étais reprise, comme dans mon enfance, par le besoin de dormir sur la terre, sur l’herbe, sur la terre échauffée. Unique «envie», saine en vie.

Vers la fin j’avais l’air d’un rat qui traîne un œuf volé. Incommode à moi-même il m’arrivait d’être trop fatiguée pour me coucher… Sous le poids, sous la fatigue, ma longue fête ne s’interrompait pas encore. On me portait sur un pavois de privilèges et de soins… L’Etoile Vesper

18 juillet

Trente rayons se joignent un un moyeu unique
Ce vide dans le char en permet l’usage

D’une motte de glaise, on façonne un vase
Ce vide dans le vase en permet l’usage

On ménage des portes et des fenêtres pour une pièce
Ce vide dans la pièce en permet l’usage

L’avoir fait l’avantage
Et le non-avoir fait l’usage. »

Le Tao Te King

 

Gérard de Nerval (1808-1855)

Lu :
C’ est peut-être la seule au monde
Dont le cœur au mien répondrait ;
Qui, venant dans ma nuit profonde,
D’ un seul regard l’éclairerait !…

Tout est dit dans ces quatre vers. Il a écrit aussi :

La pensée se glace en se traduisant en phrases, et les plus douces émotions ressemblent alors à des plantes desséchées, que l’on presse entre les feuillets afin de les conserver.

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