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Paul Adam (1862-1920)

La première fois que je l’ai vue
J’ai tout de suite remarqué son regard
J’en étais complètement hagard

Dans ce jardin du Luxembourg
Je me suis dit : il faut que je l’aborde
Pour voir si tous les deux on s’accorde

J’ai déposé mon baluchon
Alors j’ai vu tes gros yeux doux
J’en suis devenu un peu comme fou

Quand je t’ai dit que tu me plaisais
Que j’aimerais bien te revoir
Tu m’as donné rendez-vous le soir

Et je t’ai dit Oh Pénélope
Que tu étais une sacrée belle fille
Que je t’aimerai toute ma vie

Quand dans ce lit de marguerites
Tu m’as caressé doucement la tête
Ma vie entière est une fête

Et sous les regards de la foule
J’ai posé ma main sur ta main
Vous voyez bien que ce n’est pas malsain

A l’ombre des eucalyptus
Je t’ai dit : je veux que tu me suives
Je te sentais d’humeur lascive

Alors comme ça dans les tulipes
Tu m’as fait une petite promesse
Gage d’affection et de tendresse

Si notre amour devait céder
Je n’aurais plus qu’à me faire prêtre
Je ne pourrais jamais m’en remettre

Car si un jour notre amour rouille
Je m’en mordrai très fort les doigts
Chérie vraiment je n’aime que toi

Lucien Becker

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Après une journée perdue comme toutes les autres
à attendre dans un bureau qu’on ait gagné sa vie,
on entre dans la nuit
avec la certitude qu’elle vous offrira sa rançon de femmes.

Nuit toujours pareille avec ses convois de lumière
nuit tournant sous de hautes montagnes de vent
nuit qui fait briller les regards
nuit légère sur les paupières comme la mer sur les coquillages.

La main de l’homme n’est vraiment vivante
que quand elle s’enfonce entre deux cuisses
pour y chercher un sexe
qui se laisse découvrir comme un fruit dans l’herbe.

Cette chair que je froisse que j’attire à moi
comme une branche trop chargée
cette chair qui frémit
à mesure qu’on la dénude de son linge
comme on le fait à une jeune pousse
de l’argile qui la recouvre
cette chair est la seule étendue
où mon corps peut jeter l’ancre.

Cette chair est la seule issue
qui me mène à la pointe d’un désir
neuf et luisant comme un fer qu’on forge.
Comme une taupe le désir fouille cette femme
qui respire de tout son ventre.

Rien a vivre, 1947

Sur le divan

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Des rires frénétiques, des cris de volupté, des râles extatiques,
de longs soupirs mourants, des sanglots et des pleurs :
idolo del mio cuor, anima mia, mon ange, ma vie,
et tous les mots de ce langage étrange que l’amour délirant invente
en ses fureurs, voilà ce qu’on entend.
l’alcôve est au pillage, le lit tremble et se plaint, le plaisir devient rage ;
ce ne sont que baisers et mouvements lascifs ;
les bras autour des corps se crispent et se tordent, l’œil s’allume,
les dents s’entrechoquent et mordent, les seins bondissent convulsifs.

Théophile Gautier (1811-1872

Gérard Bollon

La douceur de ton âme en tes yeux se reflète,
La tiédeur nocturne nous caresse la peau
Car en cette saison il fait toujours beau,
Je prends entre mes mains ta douce et jolie tête.

Et en cette soirée qui pour moi est la fête,
Tu es là près de moi belle comme un joyau
Tu me prends dans tes bras, me serre tel un étau,
Je sens ton corps ardent dont je fais la conquête.

Je goûte ton sein blanc comme un fruit parfumé,
Habillé de soleil, ta peau douce est dorée,
Ma main suit la courbe perverse de tes reins,

Et ma lèvre effleure tes rivages en feu
Puis empli de désirs et d’amour je t’étreins,
Nos corps vont s’adonner à un sensuel jeu.

Gustave Nadaud (1820-1893) : Maimez-vous ?

Vous êtes si jolie !
Laissez-moi
Vous regarder, Julie,
Sans effroi;
Vos regards, que j’appelle,
Sont si doux !
Je vous aime, cruelle;
M’aimez-vous ?

Vos cheveux que je presse,
Sont si longs !
Vos bras, que je caresse,
Sont si ronds !
Et vos petits doigts roses,
Entre nous,
Promettent tant de choses…
M’aimez-vous ?

Col blanc, taille mignonne,
Que d’appas !
Vous devez être bonne,
N’est -ce pas ?
Laissez tomber ces voiles
Si jaloux…
Ciel ! je vois les étoiles !
M’aimez-vous ?

Ce beau sein sur ma bouche,
Qu’il est pur !
Ce bouton que je touche,
Qu’il est dur !
Ah ! laissez-moi descendre
Au-dessous;
Laissez-moi vous surprendre…
M’aimez-vous ?

Richesses inconnues
Je vous vois !
Vos beautés toutes nues
Sont à moi !
Poussons, poussons, ma mie,
Les verrous ;
Je souffle la bougie…
M’ aimez-vous ?

Claude Binet (1553-1600)

Baisons-nous, belle, mon souci,
Et surpassons la Coulombelle ;
Comme elle tremousse de l’aile,
Tremoussons de nos bras ainsi.

Comme elle poursuit un baiser
Du bec que souvent elle darde,
Notre langue, ainsi fretillarde,
Puisse nos flammes appaiser.

Comme d’un oeil à demi clos,
L’aise de son plaisir avance,
Ainsi, pour semblable espérance,
Par l’oeil rendez l’amour éclos.

Fermez vos deux yeux à demi,
Et contrefaitte un peu la louche,
Puis, en approchant votre bouche,
Dites : « Baisez-moi, mon ami ! »

Ca, ces deux lèvres ! Ca, ce ris !
Ca, cette languette gloutonne,
Qui se courbe en faux, et moissonne
Toute la fleur de mes esprits.

Après cela, recommençons
A nous baiser d’une autre sorte :
Si vous contrefaite la morte,
Je mourrai de même façon.

Belle, votre haleine qui sort
Aussitôt me rendre la vie,
Mais moi, poussé de même envie,
J’userais d’un moyen plus fort.

Lors, d’une begayante voix
Direz : « Vous m’avez réveillée ! »
Et poursuivrez cette accolée
Avec l’étreinte de vos doigts…

Heureux si, loin de tout danger
Nous pouvons, par tel artifice,
Changer tous les jours d’exercice,
Et un court plaisir allonger !

Pierre Louÿs (Gand 1870-1925): La Danseuse

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Elle tourne, elle est nue, elle est grave ; ses flancs
Ondulent d’ombre bleue et de sueur farouche.
Dans les cheveux mouillés s’ouvre rouge la bouche
Et le regard se meurt entre les cils tremblants.
Ses doigts caressent vers des lèvres ignorées
La peau douce, la chaleur molle de ses seins.
Ses coudes étendus comme sur des coussins
Ouvrent le baiser creux des aisselles dorées.
Mais la taille, ployée à la renverse, tend
Le pur ventre, gonflé d’un souffle intermittent,
Et sous l’arachnéen tissu noir de sa robe
Ses bras tendres, avec des gestes assoupis,
Ses pieds froids sur les arabesques des tapis,
Cherchent l’imaginaire amant qui se dérobe …

Eustorg de Beaulieu (1495-1552)

Cul enlevé, trop mieux qu’une coquille,
Ô cul de femme ! Ô cul de belle fille !
Cul rondelet, cul proportionné,
De poil frisé pour haie environné,
Où tu te tiens tout jour la bouche close,
Fors quand tu voys qu’il faut faire autre chose.
Cul bien froncé, cul bien rond, cul mignon,
Qui fait hurler souvent ton compagnon
Et tressaillir, quand sa mie on embrasse
Pour accomplir le jeu de meilleure grâce…
Dirai-je rien de ta grande franchise ?
Las, si je le ferai ! Car tu peux dans l’église
A un besoin soupirer et péter
Quoique le nez n’en veuille dépité
Et qu’on te dise que tu es sacrilège
Qui est à toi un très beau privilège.

Charles Baudelaire (1821-1867)

La femme cependant, de sa bouche de fraise,
En se tordant ainsi qu’un serpent sur la braise,

Et pétrissant ses seins sur le fer de son busc,
Laissait couler ces mots tout imprégnés de musc:
- » Moi, j’ai la lèvre humide, et je sais la science
De perdre au fond d’un lit l’antique conscience.
Je sèche tous les pleurs sur mes seins triomphants,
Et fais rire les vieux du rire des enfants.
Je remplace, pour qui me voit nue et sans voiles,
La lune, le soleil, le ciel et les étoiles!
Je suis, mon cher savant, si docte aux voluptés,
Lorsque j’étouffe un homme en mes bras redoutés,
Ou lorsque j’abandonne aux morsures mon buste,
Timide et libertine, et fragile et robuste,
Que sur ces matelas qui se pâment d’émoi,
Les anges impuissants se damneraient pour moi! »

Pierre Perret : Les Jumelles

J’ai bien connu des sœurs jumelles
Qui ne s’accordaient pas du tout.
Celle qui se prénommait Angèle
Et qui se croyait la plus belle
Était une poupée sans cervelle.

C’était une poupée sans cervelle
Mais elle ne manquait pas d’atout
Elle avait deux vertes prunelles
Et des cheveux couleur cannelle.
Et des jolis poils du cul roux.

Quant à sa sœur elle était douce
Et le loup ne l’effrayait plus
Ces vertes années révolues
Elle suçait plus du tout son pouce.
Elle avait une jolie frimousse
Mais ses mœurs étaient dissolus
Elle suçait plus du tout son pouce
Ça veut pas dire qu’elle suçait plus !

Or cette déluré Jeannette
Possédait t’elle un don de Dieu?
De sa virginale fossette
Elle pouvait faire le casse noisette
Et même jouer de la trompette
De ces facultés centripètes
Tous les hommes en faisait grand cas
Mais ça énervait sa sœurette
Qui elle de sa belle foufounette
Jouait même pas de l’harmonica

Enfin ces deux belles coquines
Faisant la paix tant bien que mal
Malgré leurs dissensions mesquines
Me donnèrent un beau récital
C’est ainsi qu’Angèle et Jeannette
Unies en un tendre ballet
M’offrir un solo de trompette
Et un concert de flageolet.

J’ai bien connu deux sœurs jumelles
Qui ne s’accordaient pas du tout.
Celle qui se prénommait Angèle
Et qui ce croyait la plus belle
Était une poupée sans cervelle.

C’était une poupée sans cervelle
Mais elle ne manquait pas d’atout
Elle avait deux vertes prunelles
Et des cheveux couleur cannelle.
Et des jolis poils du cul roux.

Julio Cortazar : Ta peau sous la lune – 1980

Nue elle s’est donnée
lorsque ma voix
a cherché sa peau
sous la lune

Doux abandon, enfin -
donnant
riant
aimant
se donnant à la rencontre de la lumière.

Rythme délirant
obscurité
les corps cherchent
leur au-delà

Sombre conjonction de soif et de solitude
bouches qui boivent une eau de paix.
Mais l’amour est un combat sans merci,
une lutte de fièvre, de feu et de fiel.

Tes lèvres
Me cherchent, me brûlent.
Nue je t’ai prise
sous cette lune
qui nous a donné son miel -

Nous embrassant, délirante rencontre.
Le feu d’un souffle
nous a brûlés,
combat de fleurs,
jeu de l’amour.

Jamais ne s’éteind le plaisir
de perdre ce qu’on trouve

Peau de femme, cri bleu
quand un baiser lui donne vie.

Et dans ma poitrine, la floraison
d’un rosier pour ton jardin -
Nu elle s’est donnée
lorsque ma voix
a cherché sa peau
sous la lune.

Pablo Neruda (1904-1973)

De tes hanches à tes pieds
je veux faire un long voyage
Moi, plus petit qu’un insecte

Je vais parmi ces collines,
elles sont couleur d’avoine
avec des traces légères
que je suis seul à connaître,
des centimètres roussis,
de blafardes perspectives.

Là se dresse une montagne.
Jamais je n’en sortirai.
Ô quelle mousse géante!
Et un cratère, une rose
de feu mouillé de rosée!

Victor Hugo (1802-1885) : Jour de fête

Aux environs de Paris

Midi chauffe et sèche la mousse ;
Les champs sont pleins de tambourins ;
On voit dans une lueur douce
Des groupes vagues et sereins.

Là-bas, à l’horizon, poudroie
Le vieux donjon de saint Louis ;
Le soleil dans toute sa joie
Accable les champs éblouis.

L’air brûlant fait, sous ses haleines
Sans murmures et sans échos,
Luire en la fournaise des plaines
La braise des coquelicots.

Les brebis paissent inégales ;
Le jour est splendide et dormant ;
Presque pas d’ombre ; les cigales
Chantent sous le bleu flamboiement.

Voilà les avoines rentrées.
Trêve au travail. Amis, du vin !
Des larges tonnes éventrées
Sort l’éclat de rire divin.

Le buveur chancelle à la table
Qui boite fraternellement.
L’ivrogne se sent véritable ;
Il oublie, ô clair firmament,

Tout, la ligne droite, la gêne,
La loi, le gendarme, l’effroi,
L’ordre ; et l’échalas de Surène
Raille le poteau de l’octroi.

L’âne broute, vieux philosophe ;
L’oreille est longue ; l’âne en rit,
Peu troublé d’un excès d’étoffe,
Et content si le pré fleurit.

Les enfants courent par volée.
Clichy montre, honneur aux anciens !
Sa grande muraille étoilée
Par la mitraille des Prussiens.

La charrette roule et cahote ;
Paris élève au loin sa voix,
Noir chiffonnier qui dans sa hotte
Porte le sombre tas des rois.

On voit au loin les cheminées
Et les dômes d’azur voilés ;
Des filles passent, couronnées
De joie et de fleurs, dans les blés.

Walt Whitman (1819-1889) : Une femme m’attend

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Une femme m’attend
Une femme m’attend, elle contient tout, rien n’y manque;
Mais tout manquerait, si le sexe n’y était pas, et si pas la sève de l’homme qu’il faut.
Le sexe contient tout, corps, âmes,
Idées, preuves, puretés, délicatesses, fins, diffusions,
Chants, commandements, santé, orgueil, le mystère de la maternité, le lait séminal,
Tous espoirs, bienfaisances, dispensations, toutes passions, amours, beautés, délices de la terre,
Tous gouvernements, juges, dieux, conducteurs de la terre,
C’est dans le sexe, comme autant de facultés du sexe, et toutesses raisons d’être.
Sans douté, l’homme, tel que je l’aime, sait et avoue les délices de son sexe,
Sans doute, la femme, telle que je l’aime, sait et avoue les délices du sien.
Ainsi, je n’ai que faire des femmes insensibles,
Je veux aller avec celle qui m’attend, avec ces femmes qui ont le sang chaud et peuvent me faire face,
Je vois qu’elles me comprennent et ne se détournent pas.
Je vois qu’elles sont dignes de moi.
C’est de ces femmes que je veux être le solide époux.
Elles ne sont pas moins que moi, en rien ;
Elles ont la face tannée par les soleils radieux et les vents qui passent,
Leur chair a la vieille souplesse divine, le bon vieux ressort divin;
Elles savent nager, ramer, monter à cheval, lutter, chasser, courir, frapper, fuir et attaquer, résister, se défendre.

Elles sont extrêmes dans leur légitimité, – elles sont calmes, limpides, en parfaite possession d’elles-mêmes.
Je t’attire à moi, femme.
Je ne puis te laisser passer, je voudrais te faire un bien;
Je suis pour toi et tu es pour moi, non seulement pour l’amour de nous, mais pour l’amour d’autres encore,

En toi dorment de plus grands héros, de plus grands bardes.
Et ils refusent d’être éveillés par un autre homme que moi.
C’est moi, femme, je vois mon chemin ;
Je suis austère, âpre, immense, inébranlable, mais je t’aime;
Allons, je ne te blesse pas plus qu’il ne te faut,
Je verse l’essence qui engendrera des garçons et des filles dignes de ces Etats-Unis; j’y vais d’un muscle rude et attentionné,
Et je m’enlace bien efficacement, et je n’écoute nulles supplications,
Et je ne puis me retirer avant d’avoir déposé ce qui s’est accumulé si longuement en moi,

A travers toi je lâche les fleuves endigués de mon être,
En toi je dépose un millier d’ans en avant,
Sur toi je greffe le plus cher de moi et de l’Amérique,
Les gouttes que je distille en toi grandiront en chaudes et puissantes filles, en artistes de demain, musiciens, bardes ;

Les enfants que j’engendre en toi engendreront à leur tour,
Je demande que des hommes parfaits, des femmes parfaites sortent de mes frais amoureux ;
Je les attends, qu’ils s’accouplent un jour avec d’autres, comme nous accouplons à cette heure,

Je compte sur les fruits de leurs arrosements jaillissants, comme je compte sur les fruits des arrosements jaillissants que je donne en cette heure.
Et je surveillerai les moissons d’amour, naissance, vie, mort, immortalité, que je sème en cette heure, si amoureusement.

Feuilles d’herbes, traduction de Jules Laforgue

François Coppée (1842-1908) : La Mémoire

Souvent, lorsque la main sur les yeux je médite,
Elle m’apparaît, svelte et la tête petite,
Avec ses blonds cheveux coupés courts sur le front.
Trouverai-je jamais des mots qui la peindront,
La chère vision que malgré moi j’ai fuie ?
Qu’est auprès de son teint la rose après la pluie ?
Peut-on comparer même au chant du bengali
Son exotique accent, si clair et si joli ?
Est-il une grenade entr’ouverte qui rende
L’incarnat de sa bouche adorablement grande ?
Oui, les astres sont purs, mais aucun, dans les cieux,
Aucun n’est éclatant et pur comme ses yeux ;
Et l’antilope errant sous le taillis humide
N’a pas ce long regard lumineux et timide.
Ah ! devant tant de grâce et de charme innocent,
Le poète qui veut décrire est impuissant ;
Mais l’amant peut du moins s’écrier : “Sois bénie,
O faculté sublime à l’égal du génie,
Mémoire, qui me rends son sourire et sa voix,
Et qui fais qu’exilé loin d’elle, je la vois !”

L’Exilée – 1877

Paul Eluard : Puisqu’il le faut

Dans le lit ton corps se simplifie57210jeanloupsieffhloseallonge1972.jpg
Sexe liquide univers de liqueur
Liant des flots qui sont auteur de corps
Entiers complets de la nuque aux talons
Grappe sans peau grappe-mère en travail
Grappe servile et luisante de sang
Entre les seins les cuisses et les fesses
Régentant l’ombre et creusant la chaleur
Lèvre étendue à l’horizon du lit
Sans une éponge pour happer la nuit
Et sans sommeil pour imiter la mort.
Frapper la femme monstre de sagesse
Captiver l’homme à force de patience
Doucer la femme pour éteindre l’homme
Tout contrefaire afin de tout réduire
Autant rêver d’être seul et aveugle.

Photo : Jean-Loup Sieff, 1972, Héloïse allongée.

Federico Garcia Lorca (1898-1936) : Madrigal d’été

Presse ta bouche pourpre sur la mienne,
Etoile, la gitane !
Et sous l’or solaire du grand midi
Je mordrai à la pomme.

Par les verts oliviers de la colline,
Il est une tour maure
Qui rappelle le teint de ta peau brune
Fleurant miel et aurore.

Ton corps brûlé au soleil me dispense
Le divin aliment
Qui fait fleurir le cours d’eau apaisé
Et s’étoiler les vents.

Pourquoi t’es-tu livrée, lumière brune ?
Pourquoi m’as-tu donné remplis
D’amour ton sexe de lys
Et la rumeur de tes seins ?

Serait-ce pour mon air si triste ?
(O ma lourde démarche !)
Ou si ma vie t’a fait pitié
Qui à chanter se fane ?

Pourquoi n’as-tu préféré à mes plaintes
Les cuisses en sueur
D’un saint Chrisptophe campagnard, lentes
Dans l’amour et superbes ?

Danaïde des voluptés, tu es
Un Sylvain féminin
Dont les baisers ont le parfum des blés
Grillés par le soleil.

Obscurcis-moi les yeux avec ton chant.
Laisse ta chevelure
S’épandre solennelle comme un voile
D’ombre sur la verdure.

Rougis pour moi de ta bouche sanglante
Tout un ciel d’amour
Où sur un fond de chair luit la violette
Etoile des douleurs.

Mon Pégase andalou est le captif
De tes yeux ouverts.
Il s’envolera dolent et pensif
Lorsqu’il les verra morts.

Quand tu ne m’aimerais pas, moi je t’aime
Pour ton regard sombre
Ainsi que pour sa rosée l’alouette
Aime le jour nouveau.

Presse ta bouche pourpre sur la mienne,
Etoile, la gitane !
Et laisse-moi sous le feu de midi
Mordre à la pomme.

Livre de Poèmes – Poésie/Gallimard : Traduction de André Belamich

Marie Nizet (1859-1922) : La Torche

Marie Nizet (1859-1922) : La Torche dans Femme : Enlacement 57-186-duo-

Je vous aime, mon corps, qui fûtes son désir,
Son champ de jouissance et son jardin d’extase
Où se retrouve encor le goût de son plaisir
Comme un rare parfum dans un précieux vase.

Je vous aime, mes yeux, qui restiez éblouis
Dans l’émerveillement qu’il traînait à sa suite
Et qui gardez au fond de vous, comme en deux puits,
Le reflet persistant de sa beauté détruite.

Je vous aime, mes bras, qui mettiez à son cou
Le souple enlacement des languides tendresses.
Je vous aime, mes doigts experts, qui saviez où
Prodiguer mieux le lent frôlement des caresses.

Je vous aime, mon front, où bouillonne sans fin
Ma pensée à la sienne à jamais enchaînée
Et pour avoir saigné sous sa morsure, enfin,
Je vous aime surtout, ô ma bouche fanée;

Je vous aime, mon coeur, qui scandiez à grands coups
Le rythme exaspéré des amoureuses fièvres,
Et mes pieds nus noués aux siens et mes genoux
Rivés à ses genoux et ma peau sous ses lèvres…

Je vous aime ma chair, qui faisiez à sa chair
Un tabernacle ardent de volupté parfaite
Et qui preniez de lui le meilleur, le plus cher,
Toujours rassasiée et jamais satisfaite.

Et je t’aime, ô mon âme avide, toi qui pars
- Nouvelle Isis – tentant la recherche éperdue
Des atomes dissous, des effluves épars
De son être où toi-même as soif d’être perdue.

Je suis le temple vide où tout culte a cessé
Sur l’inutile autel déserté par l’idole ;
Je suis le feu qui danse à l’âtre délaissé,
Le brasier qui n’échauffe rien, la torche folle…

Et ce besoin d’aimer qui n’a plus son emploi
Dans la mort, à présent retombe sur moi-même.
Et puisque, ô mon amour, vous êtes tout en moi
Résorbé, c’est bien vous que j’aime si je m’aime.

Recueil:  Pour Axel de Missie

Patrice de La Tour du Pin (1911-1975) : Laurence endormie

Cette odeur sur les pieds de narcisse et de menthe,
Parce qu’ils ont foulé dans leur course légère
Fraîches écloses, les fleurs des nuits printanières,
Remplira tout mon cœur de ses vagues dormantes ;

Et peut-être très loin sur ses jambes polies,
Tremblant de la caresse encor de l’herbe haute,
Ce parfum végétal qui monte, lorsque j’ôte
Tes bas éclaboussés de rosée et de pluie ;

Jusqu’à cette rancœur du ventre pâle et lisse
Où l’ambre et la sueur divinement se mêlent
Aux pétales séchées au milieu des dentelles
Quand sur les pentes d’ombre inerte mes mains glissent,

Laurence… Jusqu’aux flux brûlants de ta poitrine,
Gonflée et toute crépitante de lumière
Hors de la fauve floraison des primevères
Où s’épuisent en vain ma bouche et mes narines,

Jusqu’à la senteur lourde de ta chevelure,
Éparse sur le sol comme une étoile blonde,
Où tu as répandu tous les parfums du monde
Pour assouvir enfin la soif qui me torture !

Que vous inspire cette image ?

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paindepices : Entre ombre et lumière, un homme, une femme, deux êtres si différents se sont trouvés. Leur désir est intense. Elle, voluptueuse et nue, s’abandonne, lui offrant toute sa tendresse. Leurs regards ne se croisent pas. Ils s’aiment en silence, leurs corps entrelacés se parlent.Osmose dans l’étreinte, ils ne font plus qu’un.

Victor Hugo (1802-1885) : 1er mai

Tout conjugue le verbe aimer. Voici les roses.
Je ne suis pas en train de parler d’autres choses.

Premier mai ! l’amour gai, triste, brûlant, jaloux,
Fait soupirer les bois, les nids, les fleurs, les loups ;
L’arbre où j’ai, l’autre automne, écrit une devise,
La redit pour son compte et croit qu’il l’improvise ;
Les vieux antres pensifs, dont rit le geai moqueur,
Clignent leurs gros sourcils et font la bouche en cœur ;
L’atmosphère, embaumée et tendre, semble pleine
Des déclarations qu’au Printemps fait la plaine,
Et que l’herbe amoureuse adresse au ciel charmant.

A chaque pas du jour dans le bleu firmament,
La campagne éperdue, et toujours plus éprise,
Prodigue les senteurs, et dans la tiède brise
Envoie au renouveau ses baisers odorants ;
Tous ses bouquets, azurs, carmins, pourpres, safrans,
Dont l’haleine s’envole en murmurant : Je t’aime !

Sur le ravin, l’étang, le pré, le sillon même,
Font des taches partout de toutes les couleurs ;
Et, donnant les parfums, elle a gardé les fleurs ;
Comme si ses soupirs et ses tendres missives
Au mois de mai, qui rit dans les branches lascives,
Et tous les billets doux de son amour bavard,

Avaient laissé leur trace aux pages du buvard !
Les oiseaux dans les bois, molles voix étouffées,
Chantent des triolets et des rondeaux aux fées ;
Tout semble confier à l’ombre un doux secret ;
Tout aime, et tout l’avoue à voix basse ; on dirait
Qu’au nord, au sud brûlant, au couchant, à l’aurore,
La haie en fleur, le lierre et la source sonore,
Les monts, les champs, les lacs et les chênes mouvants,
Répètent un quatrain fait par les quatre vents.

Pierre Louys (1870 – 1925) : Les Lèvres

Oui, des lèvres aussi, des lèvres savoureuses,232lvres.jpg
Mais d’une chair plus tendre et plus fragile encore,
Des rêves de chair rose à l’ombre des poils d’or
Qui palpitent légers sous les mains amoureuses.

Des fleurs aussi, des fleurs molles, des fleurs de nuit,
Pétales délicats alourdis de rosée
Qui fléchissent, pliés sur la fleur épuisée
Et pleurent le désir, goutte à goutte, sans bruit.

Ô lèvres, versez-moi les divines salives,
La volupté du sang, la chaleur des gencives
Et les frémissements enflammés du baiser !

Ô fleurs troublantes, fleurs mystiques, fleurs divines,
Balancez vers mon cœur, sans jamais l’apaiser,
L’encens mystérieux des senteurs féminines !

Louis Aragon (1887-1982) : Le Con d’Irène

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Si petit et si grand! C’est ici que tu es à ton aise, homme enfin digne de ton nom, c’est ici que tu te retrouves à l’échelle de tes désirs. Ce lieu, ne crains pas d’en approcher ta figure, et déjà ta langue, la bavarde, ne tient plus en place, ce lieu de délice et d’ombre, ce patio d’ardeur, dans ses limites nacrées, la belle image du pessimisme. Ô fente, fente humide et douce, cher abîme vertigineux.

C’est dans ce sillage humain que les navires enfin perdus, leur machinerie désormais inutilisable, revenant à l’enfance des voyages, dressent à un mât de fortune la voilure du désespoir. Entre les poils frisés comme la chair est belle sous cette broderie bien partagée par la hache amoureuse, amoureusement la peau apparaît pure, écumeuse, lactée. Et les plis joints d’abord des grandes lèvres bâillent. Charmantes lèvres, votre bouche est pareille à celle d’un visage qui se penche sur un dormeur, non pas transverse et parallèle à toutes les bouches du monde, mais fine et longue, et cruciale aux lèvres parleuses qui la tentent dans leur silence, prête à un long baiser ponctuel, lèvres adorables qui avez su donner aux baisers un sens nouveau et terrible, un sens à jamais perverti.

Que j’aime voir un con rebondir.

Comme il se tend vers nos yeux, comme il bombe, attirant et gonflé, avec sa chevelure d’où sort, pareil aux trois déesses nues au-dessus des arbres du Mont Ida, l’éclat incomparable du ventre et des deux cuisses. Touchez mais touchez donc vous ne sauriez faire un meilleur emploi de vos mains. Touchez ce sourire voluptueux, dessinez de vos doigts l’hiatus ravissant. Là que vos deux paumes immobiles, vos phalanges éprises à cette courbe avancée se joignent vers le point le plus dur, le meilleur, qui soulève l’ogive sainte à son sommet, ô mon église.

Ne bougez plus, restez, et maintenant avec deux pouces caresseurs, profitez de la bonne volonté de cette enfant lassée, enfoncez, avec vos deux pouces caresseurs écartez doucement, plus doucement, les belles lèvres, avec vos deux pouces caresseurs, vos deux pouces. Et maintenant, salut à toi, palais rose, écrin pâle, alcôve un peu défaite par la joie grave de l’amour, vulve dans son ampleur à l’instant apparue. Sous le satin griffé de l’aurore, la couleur de l’été quand on ferme les yeux.

Ce n’est pas pour rien, ni hasard ni préméditation, mais par ce BONHEUR d’expression qui est pareil à la jouissance, à la chute, à l’abolition de l’être au milieu du foutre lâché, que ces petites sœurs des grandes lèvres ont reçu comme une bénédiction céleste le nom de nymphes qui leur va comme un gant. Nymphes au bord des vasques, au coeur des eaux jaillissantes, nymphes dont l’incarnat se joue à la margelle d’ombre, plus variables que le vent, à peine une ondulation gracieuse chez Irène, et chez mille autres mille effets découpés, déchirés, dentelles de l’amour, nymphes qui vous joignez sur un noeud de plaisir, et c’est le bouton adorable qui frémit du regard qui se pose sur lui, le bouton que j’effleure à peine que tout change. Et le ciel devient pur, et le corps est plus blanc. Manions-le, cet avertisseur d’incendie. Déjà une fine sueur perle la chair à l’horizon de mes désirs. Déjà les caravanes du spasme apparaissent dans le lointain des sables. Ils ont marché, ces voyageurs, portant la poudre en poire, et les pacotilles dans des caisses aux clous rouillés, depuis les villes des terrasses et les longs chemins d’eaux qu’endiguent les docks noirs. Ils ont dépassé les montagnes. Les voici dans leurs manteaux rayés. Voyageurs, voyageurs, votre douce fatigue est pareille à la nuit. Les chameaux les suivent, porteurs de denrées. Le guide agite son bâton, et le simoun se lève de terre, Irène se souvient soudain de l’ouragan. Le mirage apparaît, et ses belles fontaines… Le mirage est assis tout nu dans le vent pur. Beau mirage membré comme un marteau-pilon. Beau mirage de l’homme entrant dans la moniche. Beau mirage de source et de fruits lourds fondant. Voici les voyageurs fous à frotter leurs lèvres. Irène est comme une arche au-dessus de la mer. Je n’ai pas bu depuis cent jours, et les soupirs me désaltèrent. Han, han. Irène appelle son amant. Son amant qui bande à distance. Han, han. Irène agonise et se tord. Il bande comme un dieu au-dessus de l’abîme. Elle bouge, il la fuit, elle bouge et se tend. Han. L’oasis se penche avec ses hautes palmes. Voyageurs vos burnous tournent dans les sablons. Irène à se briser halète. Il la contemple. Le con est embué par l’attente du vit. Sur le chott illusoire, une ombre de gazelle…

Enfer, que tes damnés se branlent, Irène a déchargé.

Sire de Chambley (1856 -1941) : La source

Source vénérienne où vont boire les mâles !
Fissure de porphyre où frise un brun gazon,
Qui, fin comme un duvet, chaud comme une toison,
Moutonne dans un bain de senteurs animales.

Quand un homme a trempé dans tes eaux baptismales
Les désirs turgescents qui troublaient sa raison,
Il en garde à jamais la soif du cher poison
Dont s’imprégna sa peau dedans tes eaux thermales

O Jouvence des cœurs ! Fontaine des plaisirs !
Abreuvoir où descend le troupeau des désirs
Pour s’y gorger d’amour, de parfum et d’extases !

Il coule de tes flancs, le nectar enchanté,
Elixir de langueur, crème de volupté…
Et pour le recueillir nos baisers sont des vases !

Serge Gainsbourg (1928-1991)

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Lorsqu’en songes obscurs
Marilou se résorbe
Que son coma l’absorbe
En des rêves absurdes
Sa pupille s’absente
Et son iris absinthe
Subrepticement se teinte
De plaisirs en attente
Perdue dans son exil
Physique et cérébral
Un à un elle exhale
Des soupirs fébriles
Parfumés au menthol
Ma débile mentale
Fais tinter le métal
De son zip et Narcisse
Elle pousse le vice
Dans la nuit bleue lavasse
De sa paire de Levi’s
Arrivée au pubis
De son sexe corail
Ecartant la corolle
Prise au bord du calice
De vertigo Alice
S’enfonce jusqu’à l’os
Au pays des malices
De Lewis Caroll.

Paul Valéry (1871-1945)

Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu !

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